Kevin Staut : "J'ai trois mois pour sécuriser Viking"
lundi 18 janvier 2021

Kevin Staut et Viking d'la Rousserie
Kevin Staut et Viking d'la Rousserie © Eric Knoll

A l'aube d'une saison 2021 qui s'annonce tout aussi complexe que la précédente, Kevin Staut, actuellement 21ème mondial, travaille d'arrache-pied pour conforter son piquet et poursuivre ainsi sa remontée au classement une fois que celui-ci aura été débloqué par la FEI. Première étape : sécuriser la présence de Viking d'la Rousserie dans son écurie. Un challenge que le normand espère réussir, avec en ligne de mire Tokyo et Riesenbeck.

En lisant la liste de pré-sélection pour les JO de Tokyo, on constate que Viking d'la Rousserie n'y figure pas. Pourquoi ?

C'est un choix personnel. Je me suis permis d'appeler Sophie Dubourg (la DTN, ndlr) pour lui expliquer qu'il y avait énormément de tension avec le propriétaire du cheval. Il est dans une démarche de commercialisation. Je n'étais donc pas sûr de pouvoir le garder jusqu'au début de cette semaine (du 11 janvier, ndlr) où j'ai rencontré Hubert Beck (le propriétaire actuel, ndlr). Je lui ai demandé un délai de 3 mois afin de racheter ou faire racheter le cheval et le sécuriser. J'étais encore en plein flottement au moment où la liste est sortie, désemparé et prêt à le perdre. Après des discussions, le propriétaire m'a accordé ce délai moyennant le versement d'une garantie. Peut-être que le système d'écurie de groupe Vivaldi Jumping (que Kevin vient de mettre en place en association avec Didier Krainc, ndlr) va permettre de créer un système de co-propriétariat pour acheter Viking.

Ce travail de recherche d'investisseurs donne-t-il déjà des résultats ?

Vivaldi Jumping a déjà pris deux parts de Viking, d'autres personnes proches, à titre privé, ont également acquis des parts. Nous sommes en pleine structuration du projet. L'idée, c'est de faire du "love money". Je connais bien le cheval, il est très difficile dans le caractère mais c'est ce qui en fait aussi une star de demain. Il a la capacité de faire deux olympiades, cette année si ça a lieu, jusqu'à Paris 2024. Nous avons un projet sportif qui peut s'étaler sur 3 ans avec un espoir de rentabilité au niveau des gains pour les co-propriétaires et une aventure sportive de dingue.

L'idée est donc de le garder ?

Oui, exactement. J'ai 3 mois et je vais tout faire pour le garder.

C'est un peu de pression quand même, non ?

Oui, mais bon, avant j'avais quinze jours. Heureusement, le propriétaire et moi nous nous sommes bien entendus et on a négocié un délai plus raisonnable. Surtout, c'étaient quinze jours pendant les fêtes. C'est un peu maladroit de demander aux gens un financement aussi rapidement.

Tolède de Mescam*Harcour a hérité de la place sur la longue liste de Tokyo. A-t-elle la carrure pour affronter un championnat ?

Je pense que c'est à la vue des résultats de fin de saison que j'ai pu intégrer la liste. Cela ne fait qu'un an que je la monte. Elle a obtenu plusieurs bons résultats en grand prix à Grimaud et sur les derniers concours à Riyadh, elle est classée dans les trois grands prix. La jument évolue formidablement bien. J'aborde ça sans pression particulière car malgré son âge, elle a encore une marge de progression importante. On commence à former un couple, avec des codes et une complicité qui s'installent. Elle a le potentiel et vu les dernières performances, je ne trouve pas ça ridicule qu'elle soit sur cette liste.

Cheppetta a intégré votre piquet il y a six mois via notamment la mise en place de Vivaldi Jumping. Qu'envisagez-vous avec elle ?

L'idée est de participer à une tournée comme le Sunshine Tour. Je l'ai reçue assez tard en saison, et notre période de collaboration en piste a été courte. Elle se trouve un peu dans le même schéma que Tolède. Avec cette dernière, je commence juste à avoir une jument sereine. Cheppetta, j'ai dix mois de moins. Elle avait beaucoup de complicité avec son ancienne cavalière (Celine Schoonbroodt-De Azevedo, ndlr). Il faut donc recréer une entente. Il y a autant de technique que d'influx psychologique. Cela prend du temps, surtout avec des chevaux ayant effectué toute leur carrière avec un seul cavalier. Comme ça a été le cas avec Silvana, ou Rêveur qui était chez Malin. Cela se joue sur une saison complète pour obtenir la confiance et l'efficacité, surtout sur des grosses barres.

Vous avez tenté semble-t-il des transferts d'embryons avec Cheppetta, pourquoi ?

En fin de saison, en accord avec ses co-propriétaires majoritaires Virginie Coupérie-Eiffel et Franck Ullmann-Hamon, nous avons essayé de faire des transferts d'embryons sans succès. C'était le souhait de tout le monde d'essayer. C'est toujours difficile pour ces juments qui n'ont connu que le sport, les premières tentatives sont souvent compliquées. Mais nous l'avons remise en route et nous aurons probablement plus de facilité cette année. Elle possède une génétique extra et c'est toujours important pour les propriétaires d'avoir des poulains.

2021 sera-t-elle l'ultime saison de For Joy ?

C'est vraiment lui qui nous le dira. On veut avant tout qu'il se sente bien. Il est toujours hyper content d'aller en concours. Par exemple, il va au CSI4* de Salzbourg (AUT) ce week-end, après l'avoir préparé sur le CSI2* d'Opglabbeek (BEL) où il est sans faute au premier tour. Je n'ai pas fait le barrage pour le préserver. Nous avons encore de beaux concours en vue. Il a très bien fini la saison 2020, pour l'instant il est difficile de dire si celle-ci sera une saison complète. Je ne veux pas que sa carrière se termine sur une contre-performance.

Visconti du Telman complète votre piquet de haut niveau, qu'envisagez-vous pour elle ?

La propriétaire Françoise Sanguinetti veut essayer de faire du sport avec. La jument n'est donc pas à vendre. C'est une jument très puissante qui a gagné en rapidité et compétitivité en fin de saison, très agréable à monter. Elle peut renforcer mon piquet en année olympique, même s'il y a peu de concours. Elle va me permettre de rester au contact du haut niveau et continuer à gratter quelques places mois après mois.

Parlons enfin de l'IJRC que vous présidez. Quels sont les sujets brûlants chez les cavaliers en cette année olympique ?

Le Club s'est beaucoup battu pour l'organisation des Championnats d'Europe. La FEI considérait qu'il serait difficile de les tenir en année olympique. Nous avons défendu le fait que la situation était déjà assez compliquée et que plusieurs organisateurs étaient motivés pour les organiser. Ils craignaient d'avoir des championnats au rabais. Or, il y a pas mal de nations fortes qui ne sont pas qualifiées pour les JO - s'ils ont bien lieu - et les qualifiées ont d'autres couples à aligner. Nous avons montré à quel point cela nous tenait à cœur qu'ils aient lieu. Ludger (Beerbaum, ndlr) a énormément joué le jeu et travaille comme un fou. Cela montre la démarche du Club de soutenir des projets sportifs et championnats importants, comme les Coupes des Nations. En ce qui concerne les JO, on suit comme les autres sports, les décisions du CIO. Nous essayons de tenir informés les cavaliers et les propriétaires selon la tournure des événements.

Comment allez-vous gérer cette année un peu spéciale entre JO et Championnats d'Europe ?

Cela ne dépend pas que de moi, cela dépend aussi des chevaux et des propriétaires concernés, de la FFE, de notre sélectionneur. Je suis motivé pour participer aux deux échéances. Nous allons aussi avoir des informations en début de saison avec des CSIO programmés qui, j'espère, auront lieu, et construire une saison à peu près normale.

Votre priorité ?

Evidemment les JO s'ils ont lieu.