Marc Dilasser n'a pas dit son dernier mot
samedi 24 juillet 2021

Marc Dilasser et Arioto du Gevres, ici dans le Grand Prix Rolex de Dinard
Marc Dilasser et Arioto du Gevres, ici dans le Grand Prix Rolex de Dinard © Eric Knoll

Voilà quelques mois que Marc Dilasser reprend tranquillement le chemin des plus gros concours. Membre de l’équipe de France lors du CSIO5* de Rome fin mai dernier, il a ensuite classé cinq des sept épreuves qu’il a courues au CSIO5* de La Baule. À l’occasion du Jumping international de Dinard, il y a une semaine, nous avons décidé de nous asseoir à une table avec Marc Dilasser pour discuter. Discuter de son piquet de chevaux, bien sûr, de la relation qu’il entretient avec ses propriétaires, mais aussi de son fils, Evann, qui a récupéré il y a un mois maintenant les rênes de Cliffton*Bélesbat, l’ancien complice de son papa.

Voilà bientôt une décennie que Marc Dilasser a fait ses débuts à haut niveau. Désormais âgé de quarante-trois ans, le cavalier installé dans l’Orne, au haras du Millenium, bénéficie d’un soutien sans faille de propriétaires fidèles, avec qui il a noué un lien très fort. « Pour moi le lien humain est le plus important, explique-t-il. Il y a des gens qui sont venus vers moi, qui ont de très bons chevaux qui font de très bonnes choses avec d’autres cavaliers, mais avec qui le feeling ne se créé pas. » Pour Marc Dilasser, c’est de ce lien, qui se transforme parfois en réelle relation amicale, entre propriétaire et cavalier que nait une relation de confiance, indispensable pour performer. « Se faire confiance quand on gagne, c’est facile, mais quand on fait 4 et 8 points, il faut aussi rester solidaire pour que la bonne performance arrive le plus vite possible », soutient-il.

Construire un piquet sérieux

Si aujourd’hui Marc Dilasser peut compter sur plusieurs chevaux pour évoluer à haut niveau, c’est grâce à cette relation qu’il entretient avec ses propriétaires. « Géraldine Hieronimus a une dizaine de chevaux à la maison, nous avons vraiment un partenariat privilégié », confie le cavalier. Elle est notamment propriétaire des deux chevaux que Marc avait engagés dans le CSIYH1* du Jumping de Dinard, Emir du Fresne et Extrem de Pontigny. « On a acheté Emir à trois ans à l’occasion des ventes Fences, on a eu un coup de coeur », raconte-t-il. Physique, style, génétique… Emir avait tout pour plaire et est passé sous la selle de Marc à six ans, après avoir fait les cycles classiques à quatre et cinq ans avec son cavalier jeunes chevaux. « Il est encore un peu turbulent, mais il a un gros potentiel », souligne le champion de France Pro Elite. Quant à Extrem, c’est par le biais du marchand belge Stephan Conter que Marc Dilasser l’a connu. Confié pour valorisation, il a tapé dans l’oeil du cavalier. « J’ai dit à Géraldine qu’on avait un cheval qui sortait de l’ordinaire et qu’il ne fallait pas le laisser partir. Elle m’a suivi dans ma folie et a acheté Extrem », riait-il. Mais pour l’heure, c’est sur un autre cheval de Géraldine Hieronimus que Marc Dilasser compte pour les plus grosses épreuves. Abricot Ennemmelle, onze ans, « a encore besoin d’un peu de travail pour aligner les sans-fautes. C’est un cheval qui a beaucoup gagné en nationaux et qui a besoin de tourner sur des internationaux à l’environnement particulier. Il a énormément de sang et d’énergie et aujourd’hui, je sens que cette énergie est avec moi et non contre moi. C’est un cheval que j’ai récupéré à cinq ans, qui est très bouillonnant et ça n’a pas été simple à se mettre avec lui. J’ai beaucoup avancé sur la technique, les réglages, la manière… il ne manque plus que les performances. »

Arioto en chef de file, Chamann en embuscade

À Dinard, dans l’imposant Grand Prix Rolex, malgré ses progrès et ses qualités, Marc Dilasser n’avait pas choisi Abricot Ennemmelle, mais Arioto du Gevres. Malgré une barre et un point de temps, le bai a montré de réelles capacités pour affronter les parcours les plus délicats. Ce hongre Selle Français de onze ans lui aussi, fils de l’exceptionnel Diamant de Semilly et d’une mère par Qualisco III, appartient à la famille Bastin, qui a également trois autres chevaux aux écuries du Millenium, et est considéré comme le numéro un du piquet de Marc Dilasser. « C’est le plus avancé de mes chevaux. J’ai encore de petits réglages à faire, mais tout s’organise vraiment bien avec lui », fait remarquer son cavalier. Fort de deux participations en Coupe des nations, il se plait sur ces formats. « À Rome cette année, il a survolé la deuxième manche (où il est sans-faute, ndlr). En première manche, il était un tout petit peu tendu mais il faut dire que les chevaux n’avaient pas sauté sur herbe depuis deux ans », souligne Marc. Quand on lui demande s’il envisage une sélection en championnat, comme par exemple pour la finale Coupe des nations de Barcelone, il répond modestement que cette décision est entre les mains de Thierry Pomel. « Il compte sur Arioto, il me l’a bien dit. C’est à moi d’être performant en piste pour que Thierry ait envie de me sélectionner. »

Dans le piquet du Français, il en est un autre qui a attiré les convoitises : Chamann Has. À neuf ans, ce fils de Mylord Carthago confirme tout le bien que Marc pensait de lui durant ses jeunes années. « La première fois qu’on l’a mis dans le manège à trois ans, j’avais appelé Annie (Hasle, co-propriétaire et naisseuse de Chamann avec son fils, Franck, ndlr) pour lui dire que celui-là serait probablement le meilleur de la famille », se remémore-t-il, soulignant la force naturelle de l’alezan, dont la poussée le différenciait des autres. « Même s’il n’avait pas un très bon équilibre, un peu sur les épaules, il avait toujours envie de bien faire. » Sous la selle de Marc depuis ses sept ans, il avait été très remarqué il y a deux ans, lors du Grand Prix de Dinard réservé aux chevaux de sa tranche d’âge. « Beaucoup de cavaliers du 5* s’y étaient intéressés et j’ai la chance que ses propriétaires aient préféré le laisser chez moi », pour construire un avenir à haut niveau. Très régulier, Chamann a réalisé cette année huit parcours sans pénalité aux obstacles sur les quatorze qu’il a courus et a remporté deux épreuves en CSI3* sur ces deux derniers mois, la première à Cabourg et la seconde à Knokke. 

Un Dilasser peut en cacher un autre

Il y a quelques semaines, Marc Dilasser annonçait le départ de son piquet de Cliffton*Bélesbat. Avec ce hongre, désormais âgé de 14 ans, il avait notamment été sacré champion de France Pro Elite en 2016. « C’est lui qui m’a ramené en équipe de France, j’ai vécu plein de choses incroyables avec lui », confiait l’ex-cavalier du fils de Clinton. Une séparation douloureuse ? Pas vraiment puisque Cliffton n’a pas changé de box étant donné qu’il est désormais monté par Evann, 12 ans, le fils de Marc. Si en juin dernier, il arrachait un classement dans le CSI3* de Cabourg, son cavalier l’a senti en forme, mais différent. « Je me suis dit qu’avec tout ce qu’il nous avait donné… », commençait Marc, laissant sa phrase en suspens. Et de reprendre : « J’avais discuté rapidement avec sa propriétaire, Sandrine Triboté, du fait qu’il pourrait convenir pour Evann. Après Cabourg (début juin, ndlr) nous en avons reparlé, et elle a dit "Aller, on lui donne". Je lui tire mon chapeau parce que depuis qu’elle a acheté Cliffton, elle a toujours dit qu’elle ne le vendrait jamais. » Conscient de la chance qui lui est offerte, le jeune Evann est « très studieux » avec son nouveau compagnon, selon les propres mots de son papa. « Il s’en occupe super bien. Tous les soirs, il va le voir avant d’aller se coucher, il essaie d’établir une vraie relation avec son cheval et vraiment c’est super. » Depuis, le nouveau duo est déjà sorti à deux reprises en compétition internationales, à Fontainebleau puis Chantilly, compte déjà deux classements et… quelques admirateurs. « À Chantilly, tous les grands cavaliers trouvaient ça trop mignon et certains sont venus le féliciter, comme Steve Guerdat ou Bosty. »