Rebeca LS, guerrière pétrie de talent
samedi 26 septembre 2020

Edward Lévy et Rebeca LS
Edward Lévy et Rebeca LS © Jessica Rodrigues

Fidèle complice du Tricolore Edward Lévy depuis presque trois ans maintenant, Rebeca LS est devenue l’un des piliers de l’écurie ShowJump. Son cavalier et deux de ses grooms dressent le portrait de cette jument hors norme.

« Exceptionnelle. » Le mot revient systématiquement lorsqu’Edward Lévy, Maïlys Pillette et Ophélie Beaudelot évoquent Rebeca LS (Rebozo La Silla). Exceptionnelle par ses performances sportives bien évidemment, mais surtout par sa personnalité, si forte que ses grooms peinent parfois à trouver les mots pour la décrire. « C’est une grande dame, confirme Maïlys, sa groom maison. C’est elle qui décide comment ça se passe. Par exemple, il ne faut pas la brusquer trop vite le matin, sinon elle n’est pas contente. » Madame Rebeca aime être au centre de l’attention mais a besoin qu’on respecte son espace personnel et sa bulle. Abordez-la un peu vite, touchez à son tapis ou essayez de remettre sa couverture en place… et attention à vous ! « Elle fait comme si elle voulait mordre, mais normalement elle ne touche pas », souligne Maïlys. Ces traits de caractère très forts, personne chez ShowJump ne cherche à les estomper. Toute l’équipe met un point d’honneur à laisser les chevaux s’exprimer, alors la reine Rebeca s’exprime. 

De peluche à arme de guerre

Malgré sa personnalité pour le moins affirmée et son statut de reine des écuries, dont les yeux de biche font craquer tout le monde, « Becky » reste une jument facile au quotidien. Tondeuse, voyages en camion, promenades en main, soins… rien ne la perturbe. Quant aux bêtises, hormis voler des pommes dans la cagette ou partir comme une furie lorsqu’on la lâche au paddock, elle n’en fait pas, y compris sous la selle. « Sur la piste de galop, elle est cool, en balade, elle est cool, liste Edward. Elle a le même mors depuis que je l’ai, un mors à aiguilles en caoutchouc. Sa bouche est juste parfaite, c’est du velours. Je serre les doigts sur les rênes, elle prend la tension, je relâche les doigts, elle s’allège. » Une jument si parfaite que « quand on la monte, on a un peu l’impression d’être Marcus Ehning tellement tout est facile », s’amuse Maïlys. 
Rebeca, c’est un peu le nounours des écuries. Mais en concours, elle se transforme en lionne. « Elle prend un tempérament de guerrière, affirme sa groom concours, Ophélie. Elle reste adorable, mais on sent qu’elle sait où elle va et ce qu’elle doit faire. Elle a la niaque. » Comme tout athlète, il y a des jours avec et des jours sans. Mais une chose est sûre, « elle donne toujours tout ». Qu’il pleuve ou vente, fasse chaud ou froid, elle répond toujours présente et finalement, « c’est Edward, par sa façon de monter, qui lui fait comprendre si ce jour-là est plus important qu’un autre ». Si ses grooms ont su tisser une relation extrêmement forte avec elle, elles s’accordent à dire que cavalier et jument « se connaissent par coeur », selon Ophélie. Maïlys ajoute même que « Rebeca donne tout à Edward » et devient « une machine de guerre. » Il faut dire que le cavalier ne se contente pas uniquement de monter ses chevaux, ce qui lui permet de nouer une relation particulière avec eux. « Il ne le fait pas tous les jours parce qu’il n’a pas toujours le temps, fait remarquer Maïlys, mais parfois il arrive dans les écuries et lance "C’est moi qui vais la faire brouter !" Alors il prend son licol, et l’emmène manger de l’herbe ».

Le fruit du hasard

Si désormais son couple avec Edward Lévy sonne comme une évidence, la jument ne lui était pas forcément destinée. C’est un peu par hasard que la route du Français croise celle de la baie, lorsqu’il passe l’hiver 2016/2017 en Floride. « Brianne Goutal (cavalière américaine et propriétaire de la jument à l’époque, ndla) s’était cassée l’épaule. J’ai monté, un peu en intérim, tout son piquet de chevaux », se souvient-t-il. Rebeca fait partie du lot et fait très vite forte impression auprès d’Edward, qui n’oubliera jamais ses premières sensations. « La toute première fois que j’ai fait sauter Rebeca… » Il marque une longue pause, comme pour se replonger dans ses souvenirs, avant de reprendre le fil de la conversation. « J’étais déjà bien autonome et indépendant, et pourtant je me souviens avoir appelé ma mère le soir en lui disant que j’avais trouvé une crack », avoue-t-il en riant. 
Deux mois passent et le Français, alors âgé de 20 ans, rentre en Europe… sans Rebeca. Presque une année s’écoule avant que le jeune cavalier ne retourne travailler outre-Atlantique. À son arrivée, il ne peut s’empêcher de demander à Brianne Goutal des nouvelles de la baie. « Elle va bien, elle est aux écuries, tu peux la monter. » Le coup de coeur se confirme et Edward ne peut s’empêcher de l’avouer à l’Américaine. « Au-delà d’une simple relation professionnelle, il y a aussi une vraie relation amicale avec Brianne, explique-t-il. On s’est dit les choses clairement et je lui ai proposé de payer le billet d’avion pour la ramener chez moi. » À l’époque, Edward est persuadé qu’elle deviendra « l’une de [ses] meilleures juments ».

Surdouée

Edward avait vu juste. Jusqu’à présent, Rebeca lui a offert onze victoires internationales sur des CSI 3* à 5*. C’est aussi elle qui lui a permis de réaliser sa meilleure performance en Grand Prix 5*, en terminant deuxième à Grimaud, en juillet dernier. Il a toujours cru en elle. « Énergie, facilité, respect, courage, intelligence, rapidité… elle a toujours tout eu. » Lui la voit comme une surdouée, qui n’a jamais besoin qu’on lui explique l’exercice pour savoir comment l’exécuter. « Avec mon travail, j’apporte la musculature, la condition physique et le travail sur le plat », précise-t-il. Pour ce qui est de la technique à l’obstacle, elle gère. Rebeca passe peu de temps en carrière, l’essentiel de ses sorties se font en extérieur, et elle ne saute que lorsqu’elle passe plus de deux semaines sans concours. « Je saute 1,10 à 1,15 m, histoire qu’elle mobilise un peu son corps », mais rarement plus. 

« Elle a toujours été une crack » 

Pour son cavalier, la baie n’a presque pas de défauts. Certes, il y aura toujours des petits détails à travailler, mais son aisance naturelle sur les barres lui permet de se sentir bien sur presque toutes les pistes. « Elle a un équilibre et une maniabilité qui la rendent extrêmement facile en indoor, et en même temps elle a du sang et du jarret pour sauter sur des grandes pistes comme Calgary ou La Baule… un vrai 4x4 ! » Lorsqu’on demande à Edward à quel moment sa jument a passé le fameux « cap » qui en fait une équipière performante en Grands Prix, il estime que « son évolution est plus liée à la mienne. Elle a passé un cap l’année dernière où elle a fait une incroyable saison indoor, mais surement parce que j’ai amélioré mon équitation. Elle a toujours été exceptionnelle, toujours. Plus je suis précis dans mon équitation et plus elle va me donner. Son potentiel n’a jamais changé, elle a toujours été une crack. »
Depuis environ un an et demi et le rachat de la jument par le haras de Lécaude, Edward Lévy peut envisager l’avenir sereinement avec Rebeca. À l’aube de ses 26 ans, il est conscient de la chance qu’il a de pouvoir compter sur elle. D’ailleurs, il la verrait bien performer sur une finale Coupe du monde. « Elle est rapide. Elle peut avoir un bon résultat avec la chasse du premier jour, et sachant qu’elle ne se dégrade pas avec les jours qui passent, je pense que ça pourrait être une belle échéance pour elle », conclut-il, toujours avec le sourire.