Règlement FEI et bien-être du cheval : deux poids, deux mesures ?
jeudi 18 juillet 2019

Cheval Bordeaux 2019
Le bien-être des chevaux est au coeur des débats au sein du monde équestre et de la FEI. (Photo d'illustration) © FEI / Eric KNOLL

Le bien-être du cheval demeure le centre des débats dans les sports équestres et au sein même de la FEI. Toutefois, malgré la mise en place de règles afin de préserver leur santé, les règlements de l’organisation internationale semblent parfois trouver des difficultés à être appliqués, voire même compris.

La récente élimination de la Britannique Alicia Store et Capellini II à l’issue de son tour dans le CSI 1* du Paris Eiffel Jumping le dimanche a relancé les discussions. La raison de cette sanction ? Selon la steward qui lui apprenait la nouvelle, son harnachement ne respectait pas le règlement. Explication qui, aux yeux de la cavalière, est difficile à comprendre. Elle explique sur Facebook avoir monté avec le même équipement pendant tout le week-end, sans que cela n’ait posé problème.

La cavalière indique que la steward a refusé de lui expliquer quelle règle n’avait pas été suivie. Pas de réponse non plus lorsqu’elle est allée interroger un deuxième steward qui lui aurait dit ne pas connaître lui-même la raison. Alicia ajoute que les deux stewards concernés peuvent être vus la regardant entrer en piste sur l’une des photos accompagnant son texte. Cette élimination soulève toutefois des questions concernant le règlement de la FEI ainsi qu’en matière d’action concernant le bien-être du cheval de la part de l’instance internationale.

Un manque de clarté du règlement

Quel serait donc le point du règlement en cause ? Si l’on examine le règlement FEI sur le saut d’obstacles en vigueur en 2019, l’article 257.1.3 en matière d’équipement dispose que : « Seules les martingales à anneaux non-restrictives sont autorisées. Les martingales fixes sont autorisées pour les chevaux dans les compétitions Children ». En s’arrêtant là, l’élimination d’Alicia est difficilement compréhensible dans la mesure où sa martingale était bien à anneaux et ne semblait pas restreindre sa jument.

Toutefois, en cherchant plus loin, voici ce que l’on trouve dans le Manuel des stewards en saut d’obstacles de la FEI à l’annexe XV article 5, mis à jour en mars 2019 : « Un seul arrêtoir de martingale par rêne est utilisé. L’arrêtoir doit être positionné entre l’anneau de la martingale et la boucle attachant la rêne au mors, le hackamore ou la bride ». Cette disposition absente du règlement sur le saut d'obstacles vient expliquer l’élimination de la cavalière qui avait bien doté ses rênes d’une deuxième paire d’arrêtoirs.

Cependant, cette différence entre les deux textes semble difficilement compréhensible. Les cavaliers doivent-ils dorénavant consulter également les manuels guidant les stewards ? Ce manque de cohérence et de clarté au sein des textes officiels de la FEI peut poser problème. Il semblerait plus logique qu’ils se recoupent et présentent les mêmes dispositions.

Bien-être du cheval : deux poids, deux mesures ?

Cet épisode soulève d’autres interrogations, notamment en matière de bien-être du cheval. Alors qu’Alicia s’est vu éliminer pour un souci de matériel qui a priori ne gênait pas sa jument, l’Américain Andy Kocher a pu courir à Spruce Meadows un Grand Prix (deux tours + barrage) et un derby le lendemain avec la même monture, Carollo. Vainqueur du Grand Prix 5*, il achevait le derby avec 28 points. Son ancien cavalier, Roy Wilten a tiré la sonnette d’alarme en exprimant sur les réseaux sociaux son indignation face à la fatigue visible du cheval. L’Américain s’est lui excusé auprès des anciens et actuels propriétaires de Carollo pour ses actions, indiquant qu’il essayait « toujours de terminer son parcours étant compétiteur et pour donner de l’expérience à [son] cheval », et que le cheval allait bien après la visite vétérinaire. Contactée, la FEI a indiqué mener une enquête.

Or, selon le Code de conduite pour le bien-être du cheval de la FEI, l’article 2 porte sur l’aptitude à concourir de l’animal, indiquant notamment au point a) que « La participation à la compétition est seulement autorisée aux chevaux et athlètes dont les compétences sont démontrées. Les chevaux doivent avoir un temps de repos adéquat entre l’entraînement et les compétitions » et au point b) que « Aucun cheval considéré comme inapte à concourir ne pourra concourir ou poursuivre à concourir, l’avis d’un vétérinaire doit être demandé en cas de doute ».

Comment comprendre l’inaction des stewards et du jury du concours de Spruce Meadows qui ont laissé partir sur le derby un cheval forcément épuisé par ses tours de la veille ? Si l’utilisation d’un harnachement particulier est des plus évidentes à remarquer, la fatigue est objectivement plus difficile à mesurer. Elle ne peut cependant être mise de côté, faisant elle aussi partie de la question du bien-être de l’animal. La différence de réaction entre ce qu’il s’est passé à Paris et l’incident au Canada laisse à questionner l’application de ces règlements, venant pénaliser une cavalière 1* mais laissant, pour le moment sans sanction, un cavalier de 5*. Par ailleurs, cela met en lumière la subjectivité du rôle de steward, acteur considérable dans les compétitions.