Thierry Pomel : « Ce résultat n’est que le juste reflet de l’état de nos troupes à l’heure actuelle »
vendredi 03 septembre 2021

Kévin Staut et Visconti du Telman
Kévin Staut et Visconti du Telman © Scoopdyga

Avec une sixième place dans la compétition par équipes, l'heure n'est pas à la fête pour la délégation tricolore de saut d'obstacles. Même s'ils ne figuraient pas parmi les favoris, les Bleus espéraient mieux de ce championnat. En individuel, seul Olivier Robert décroche sa place pour la finale. Les quatre cavaliers ainsi que le sélectionneur reviennent sur leurs prestations.

Ouvreuse pour l'équipe de France, Pénélope Léprevost n'est pas passée loin de boucler un parcours sans pénalité, mais a finalement fauté sur le dernier obstacle du parcours, l'oxer aux couleurs de Longines, le partenaire titre de ce championnat, entachant alors son score de quatre points supplémentaires. Pour elle, qui « a trouvé tous les parcours proposés par le chef de piste (Frank Rothenberger, ndlr) intéressants », c'est le manque d'expérience de GFE Excalibur de la Tour Vidal (Ugano Sitte) qui a joué en sa défaveur. « C’est un fait : il nous manque encore certaines choses, à Excalibur et à moi, pour être au niveau dans ce type de compétition, analysait-elle après l'épreuve. Nous avons encore certaines choses à régler, mais je sais qu’il va progresser. Nous n’avons pas beaucoup d’expérience ensemble. Il a plutôt bien tourné à droite durant tout ce championnat alors que j’avais des problèmes à ce niveau-là à Rome (en mai dernier, ndlr). Je crois qu’il faut encore que nous continuions à progresser, il nous faut gravir encore une marche pour être au niveau. Nous pouvons la passer. Je le sens. » La cavalière ne tarit d'ailleurs pas d'éloges sur les progrès réalisés par son étalon de onze ans, en qui elle fonde énormément d'espoirs. « Il a tellement de potentiel..., insistait-elle avec un large sourire. C’est un cheval d’avenir, je dois le protéger. Je sais que l’on a de belles choses à faire ensemble. Voilà le positif dans cette histoire : je sais que mon cheval est bon, qu’il a tout pour devenir un grand. » Lui qui faisait ses premiers pas en Coupe des nations au printemps dernier a beaucoup progressé selon sa cavalière. « Il saute assurément mieux que les autres, mais est un peu plus difficile que les autres dans le galop. Il a un tempérament parfois difficile à gérer, comme cela à été le cas à Rome et à La Baule. Ici, il a été super facile à monter. Avant, j’avais des problèmes pour rentrer dans le temps, mais ce n’est plus le cas aujourd’hui. Nous avons trouvé le bon mors, les bons réglages, il se laisse bien monter alors qu’avant je sortais de piste un peu épuisée. Le dressage et la rapidité au sol sont notamment nettement meilleurs. Et il a assurément pris en maturité. Je pense que nous avons passé de nombreux caps. Le score est très décevant mais, si je veux être honnête, mon cheval a très bien sauté, il s’est donné du mal. Je fais des fautes mais la progression d’Excalibur est exceptionnelle. Son potentiel laisse présager de très belles choses pour la suite. J’ose espérer que nous soyons prêts l’année prochaine. »

Sur la piste, la punition était la même pour Mathieu Billot, victime de quatre points avec Quel Filou 13 (Quidam's Rubin) sur la sortie du triple, placé en numéro 6. Comme la veille, le couple s'est fait piéger sur les combinaisons. Trop courtes pour Quel Filou selon son cavalier. « Il fait deux fois quatre points dans ce championnat, notamment en raison des distances qui étaient vraiment très courtes dans les combinaisons. Durant l’année, nous n’avons jamais sauté des distances comme celles-là, c’était vraiment difficile. Quel Filou peut tout sauter, je peux vraiment compter sur lui mais quant une combinaison est vraiment trop compliquée pour lui, il fait inévitablement quatre points. C’est un cheval vraiment fiable, mais peut-être est-il un tout petit peu défraîchi des Jeux, où il a vraiment tout donné, souligne-t-il. Néanmoins, ici, je pense qu’il a bien servi l’équipe. Il a très bien sauté mais voilà, sa grande action peut parfois être un défaut. Il y avait facilement vingt à trente centimètres de moins qu’aux Jeux olympiques dans les distances des combinaisons. Si les deux parcours de ce championnat étaient à refaire, je referais les mêmes fautes, c’est certain.» Le cavalier pense déjà aux prochaines échéances. « J’espère qu’il restera en forme comme cela, car j’aimerais beaucoup aller à Barcelone (en octobre, ndlr) et aux championnats du monde l’année prochaine. Il est très en forme, il n’a peur de rien, on peut vraiment compter sur lui. Il faut également noter une certaine amélioration : désormais, nous ne prenons plus de point de temps dépassé ! », lâchait-il dans un éclat de rire. 

Troisième couple à prendre le départ pour la France dans cette ultime manche par équipes, Olivier Robert et Vivaldi des Meneaux (Chippendale Z) ont décroché un ticket bien mérité pour la finale individuelle, qui se tiendra dimanche à partir de 14 heures, en bouclant un parcours sans-faute, où Vivaldi s'est très bien tiré des difficultés du parcours. Si sa performance était saluée par ses coéquipiers, qui seront tous là pour le soutenir dans 48 heures, Olivier Robert garde un goût amer du résultat en équipe, qu'il explique. « Bien sûr que l’on va sûrement se faire lyncher car sixièmes, ce n’est pas le rang auquel nous devrions être. Mais n’oublions pas que, dans l’équipe, à l’exception de Quel Filou, nous n’avions que des chevaux qui faisaient leurs débuts en championnat. Nous ne partions pas favoris, nous n’avons pas réussi à nous faire une place parmi les meilleurs mais il ne nous manquait qu’un tout petit peu de réussite pour être entre la troisième et la quatrième place. Nous aurions dû faire mieux, notamment moi qui aurais dû être sans-faute hier mais je laisse partir mon cheval sur la droite sur l’avant-dernier. Et avec quatre points de moins, la France sera quatrième et on nous regarderait différemment. N’oublions pas non plus qu’il y a six mois de cela nous ne faisions pas non plus les malins lorsqu’il s’agissait de constituer une équipe et pour les Jeux et pour les championnats d’Europe. Nous sommes en train de reconstruire un système. Bien sûr que la perte de Berlux Z (vendu après les Jeux olympiques, ndlr) a été ennuyeuse mais Simon (Delestre, ndlr) est déjà en train de reconstruire quelque chose. Moi je vois dans cette situation beaucoup plus de positif que de négatif. C’est le sport. Mais à titre individuel, je suis bien sûr très heureux car je suis sixième aujourd’hui et il n’y a qu’une faute qui me prive de la tête du classement.» Demain, Vivaldi profitera de sa journée de repos pour aller se promener en main afin d'être le plus en forme possible pour la finale. « Je n’ai aucun doute sur un point : dimanche, il sera là et il donnera tout », conclut-il.

Dernier à s'élancer, Kévin Staut avait du mal à cacher sa déception quant à son résultat - seize points avec Visconti du Telman (Toulon) - mais aussi quant à l'état de son système. « Il n’y a qu’à voir les résultats : je ne suis pas assez solide. J’arrive à faire quelques belles performances de temps en temps mais cela n’est pas suffisant pour être parmi les meilleurs. Il faut répéter les exploits chaque week-end, être constant, régulier. Il faut que, dans mon esprit et dans celui des personnes qui travaillent avec moi, tout se fasse dans la sérénité. Il faut également, dans l’équitation que je recherche, quelque chose qui ne relève pas de l’exploitation permanente. Il faut que ce soit productif, évolutif, et qui permette de continuer à se développer techniquement. En tant que cavalier, tout comme n’importe quel sportif, si l’on veut rester dans le très haut niveau, il faut progresser de cette manière-là et les chevaux font partie de la progression. Je dois me remettre beaucoup en question, notamment en ce qui concerne mon système par rapport à mes ambitions sportives qui sont importantes. Mais aujourd’hui, je ne suis pas organisé et équipé pour me maintenir au très haut niveau comme je le souhaite. Il me faut réagir, mais je ne peux pas le faire seul. Il faut une réflexion globale, de ma part par rapport aux gens qui m’entourent et ce que l’on a envie de faire. Ensuite, il faut prendre en considération les échéances à très court terme comme les Jeux équestres mondiaux l’année prochaine ou encore Paris dans trois ans. En ce qui me concerne, je ne suis absolument pas dans une situation qui me permet de pouvoir prétendre à quoi que ce soit. Il faut avoir une réflexion sur tout cela et ensuite tout mettre en œuvre pour améliorer la situation », analysait-il, comme toujours de manière très pertinente.

Quant au sélectionneur national, Thierry Pomel, c'est avec le visage fermé qu'il s'est exprimé. Il partage d'ailleurs l'avis de Kévin Staut quant à l'état du système du haut niveau de saut d'obstacles en France. « On ne peut pas dire que le bilan est positif. On ne peut pas se satisfaire d’une sixième place, surtout pour la France, avouait-il. Mais je pense que ce résultat n’est que le juste reflet de l’état de nos troupes à l’heure actuelle. Du coté des chevaux, après Rio, il y a eu un changement générationnel. Du côté des cavaliers, je n’ai aucun doute les concernant, ils sont très bons. Je les soutiendrai toujours car je les connais, je connais leur travail, leur investissement, leur ligne de conduite et ils sont toujours là. Mais ils ont assurément besoin de chevaux à la hauteur de leur talent. Il faut qu’une réelle réflexion soit engagée en vue des Jeux olympiques de Paris. Nous avons la chance d’accueillir les Jeux, et je souhaite aux cavaliers, au travers de l’engagement de leurs propriétaires et des éleveurs, qu’ils accèdent aux chevaux qui leur permettront de briller lors des grands championnats. Nous savions que ce championnat d’Europe était une compétition intermédiaire et il est évident qu’après la grande déception de Tokyo, j’espérais un bon résultat ici. Il faut rester optimiste, y croire, car c’est cela qui nous permet d’avancer mais il ne faut pas se voiler la face. »