Thierry Pomel : "Il est urgent de faire quelque chose"
vendredi 21 juin 2019

Thierry Pomel
Thierry Pomel © Scoopdyga

Le petit nombre d’engagés dans les championnats Pro Elite (28) et Pro 1 (21) génère des interrogations. L’Eperon a rencontré Thierry Pomel, entraîneur national de saut d’obstacles pour avoir son avis sur le sujet.

L'Eperon : Les cavaliers de la catégorie Pro Elite ont-ils toute liberté de s’engager où ils le souhaitent ? La FFE leur donne-t-elle des consignes de participation pour les masters Pro ?

Thierry Pomel : Il est certain qu’il y a encore quatre ou cinq ans, on fermait les portes aux cavaliers qui souhaitaient aller sauter à l’étranger sur d’autres concours, et qu’il leur était demandé de venir participer aux Masters Pro. Ces dernières années, il y a toujours eu un CSIO le week end du Pro Elite, et il n’était pas possible de retenir en tout cas ces cinq couples là. Il ne faut pas se voiler la face, nous avons un réel problème avec le terrain en herbe de Fontainebleau (Grand Parquet) depuis plusieurs années. Les  gens en parlent, et pas en bien. Lors d’un échange, j’ai informé Sophie Dubourg, la Directrice Technique Nationale, que je ne retenais pas de cavaliers pour ce championnat. Certains sont à Estoril ou à Lausanne dans le cadre d’un programme de préparation au championnat d’Europe. Si nous avions décidé de leur interdire d’aller sur un autre concours, ils ne seraient de toute façon pas venus participer au Masters Pro de Fontainebleau. La véritable question est aujourd’hui de savoir si on ne doit pas passer ce terrain d’honneur en sable. Ce titre a perdu de sa dimension, voilà quelques années les meilleurs cavaliers étaient là avec leurs meilleures montures, et aller chercher le titre de France était vraiment quelque chose d’important. Aujourd’hui, ils désertent le championnat, et on ne peut pas les empêcher d’aller faire leur travail. 

Les meilleurs cavaliers sautent à Dinard, La Baule, Calgary, Aix la Chapelle, Hickstead ou ailleurs sur des terrains en herbe. Pourquoi pas Fontainebleau ?

Ces terrains là n’ont pas la même réputation que le Grand Parquet. Il y a une sur-utilisation de ce terrain, qui a été remis en état d’une façon irréprochable, mais les gens qui travaillent sur ce terrain peuvent faire preuve de la meilleure volonté, ils ne pourront tirer sur les racines pour les fixer au sol. Aujourd’hui, à l’évidence, l’enracinement n’est pas suffisamment solide, la couche supérieure part par plaques et le terrain devient glissant. Il n’a pas le temps de se stabiliser. Voilà un moment que l’on entend des rumeurs concernant la transformation de ce terrain, il est temps qu’il se passe réellement quelque chose. Cette année, le calcul a été fait, les épreuves qui se déroulent sur le sable et le petit parquet ont connu une augmentation du nombre d’engagés, alors que sur le nombre d’engagés est plus réduit sur le terrain d’honneur. Les cavaliers me l’ont déjà confié plusieurs fois, ils craignent d’abîmer leurs chevaux, notamment si la météo est mauvaise. Aujourd’hui, pour la population des cavaliers de haut niveau, c’est devenu un problème majeur. 

Les Masters Pro pourraient-ils quitter Fontainebleau ?

C’est une question que je me pose personnellement, et que nous nous posons au sein du staff fédéral. Ce serait vraiment dommage, mais dans l’intérêt du Masters Pro, des meilleurs chevaux et des meilleurs cavaliers, il faut se poser cette question. 

Quels sont les projets pour les éditions suivantes de ces Masters Pro ?

Le temps est venu de tout remettre en question pour proposer l’année prochaine sans doute d’une part un terrain en sable -je ne peux pas évoquer de site actuellement car nous devons avoir une concertation à ce sujet-, et d’autre part revoir le calendrier de ce championnat, en le proposant fin avril début mai, en tenant compte du calendrier national et international. 

L’absence de certains des meilleurs cavaliers n’est donc pas uniquement une question de gains, plus attractifs en CSI5* et notamment dans le circuit du Global Champions Tour qu’au championnat de France ?

Bien sûr, on peut parler argent, mais il faut faire une différence entre le titre de champion de France Pro Elite, et avoir un minimum de détachement par rapport aux gains. Il y a suffisamment de concours sur la planète qui sont très bien dotés pour pouvoir faire l’effort de participer au championnat national. Aujourd’hui j’estime que le titre de champion de France a perdu de sa valeur, car il y de moins en moins de cavaliers de tête qui acceptent d’y participer. La concurrence des autres concours est un faux problème. Il faut surtout leur proposer des conditions de compétition qui leur permettront d’être sûrs de pouvoir faire du bon travail. Aujourd’hui, nous avons de magnifiques pistes en sable, il reste de très belles pistes en herbe qui ont bénéficié de millions d’euros d’investissement, je pense à La Baule par exemple, qui n’est peut-être pas la meilleure, à Saint Gall, qui est extraordinaire, Dublin, Hickstead ou Aix la Chapelle où d’énormes investissements ont été faits avec des drainages, qui permettent au terrain de rester bon même s’il pleut. En cas de sur-utilisation, le business tue forcément quelque chose. C’est ce qui s’est passé à Fontainebleau. Il faut savoir ce que l’on veut. Il faut revoir l’infrastructure et sa politique d’exploitation. Certaines structures à l’étranger fonctionnent en permanence, mais ont choisi de faire des sols en sable, quitte à garder une jolie piste en herbe, réservée aux événements bien ciblés. En acceptant de faire sauter toutes les catégories de cavaliers, et d’âges de chevaux, on sait pertinemment que le terrain en herbe ne peut pas tenir le coup, surtout s’il pleut.