Thierry Pomel : "Je pense aussi aux Jeux Olympiques de Tokyo"
vendredi 02 août 2019

Thierry Pomel
Thierry Pomel © Scoopdyga

Alors qu'il vient d'annoncer la composition de l'équipe de France qui se rendra au championnat d'Europe de saut d'obstacles de Rotterdam, Thierry Pomel explique ses choix et détaille ses ambitions. Interview.

Quel a été votre raisonnement pour cette sélection ?

Ma ligne conductrice a été de privilégier avant tout l’expérience des cavaliers. Ces cinq cavaliers ont tous couru de grands championnats (Europe, monde, Jeux Olympiques) ce qui est important car la pression va être de taille lors de cette compétition européenne. Il faut en effet concourir pour cette échéance continentale mais il ne faut pas oublier que la qualification olympique est aussi en jeu. Il faut que ces cavaliers soient capables de prendre ces informations et de les positiver, il ne faut pas qu'elles les paralysent dans leur façon de faire.

Quelle analyse faites-vous de chaque couple ?

Alexis Deroubaix est certainement celui qui a couru le moins de championnats des cinq, mais il est un cavalier qui reste froid, ce qu'il m'a prouvé tout le long de la saison. Il partait en dernier lors des Coupes, ce qui m'a permis de l'observer et j'ai pu voir qu'il avait un bon comportement. Je ne sais pas encore s'il aura cette place aux championnats d’Europe.

Quant à Nicolas Delmotte et Urvoso, les résultats du couple montrent que le cheval s’est très bien comporté au fil des concours. Urvoso est encore jeune quant à l'expérience, mais il peut compter sur le métier de Nicolas. Ce championnat est aussi le moment de lancer un couple qui sera important à l’avenir.

On sait quel cavalier est Kévin Staut : il a cette rigueur et il est capable de se transcender, il va chercher au fond de lui-même à 200% dans toutes ses qualités. Au fil des parcours, j’ai pu noter une amélioration permanente du couple : j’ai l’impression que leur niveau augmente en permanence.  Calevo 2 est de plus en plus en osmose avec Kévin, plus disponible, sa façon de sauter est constamment meilleure et je crois en ses possibilités.

Pénélope Leprévost est elle incontournable avec Vancovuer de Lanlore ! La question de leur place dans cette sélection ne se posait pas. Ils ont été formidables à chaque compétition, le cheval est complètement avec elle. C’est le super couple pour tirer et lancer l’équipe : elle a sa place de numéro un et nous avons besoin d’un couple comme ça.

J’ai choisi Roger-Yves Bost pour tout son métier et son comportement au sein de l’équipe. Il est absolument linéaire, calme, il a tout le recul, il a tout fait et a tout le palmarès : il connaît son travail. En plus d'être lui-même un compétiteur, Sangria du Coty saute très bien. Il a donc lui aussi une part importante à jouer.

Guillaume Foutrier est le premier réserviste simplement parce que j’ai privilégié l’expérience des cavaliers et cela lui manque en championnat. Si malheureusement il arrivait quelque chose à l’un des cavaliers ou chevaux de l’équipe, il rentrerait dans les cinq.

Quel est le programme pour les couples avant les championnats ?

Les chevaux sont prêts : ils ont eu un programme de compétition, que ce soit en passant par Aix-la-Chapelle ou par le Global Champions Tour. Il faut maintenant un peu de repos tout en restant dans le travail. Il y aura tout de même un stage final de deux jours où nous retravaillerons sur un parcours pour préparer et peaufiner les choses juste avant le championnat d’Europe.

Quel bilan faites-vous de cette saison de Coupe des nations ?

Nous finirons normalement dans les quatre premiers, en fonction de ce qu'il se passera au CSIO de Dublin. C’était mon objectif, c’est-à-dire ne pas avoir de pression pour à tout prix viser une première place dans cette qualification pour la finale de Barcelone. On a fait notre travail puisqu’à chaque CSIO les équipes ont été honorables, ce qui m’a permis de prendre beaucoup d’informations au niveau des cavaliers, des chevaux et de positionner les couples. La finale de Barcelone sera une étape importante en ce qui nous concerne car j’ai aussi l’intention de présenter une bonne équipe. J’ai déjà cette finale en tête mais je pense aussi aux Jeux Olympiques de Tokyo !

Comment abordez-vous ces championnats ?

Un championnat est une compétition particulière parce qu’on y part confiant mais quelque chose peut partir dans le mauvais sens et on peut alors se retrouver en mauvaise posture. On peut s’attendre à tout mais je crois vraiment en quelque chose, je vais même à rêver d’une place sur le podium ! On a une équipe capable d’aller chercher cette qualification olympique mais aussi d’aller sur un podium de championnat d’Europe.

Quelles sont pour vous les nations les plus redoutables pour la France dans la course à la qualification olympique ?

Je respecte toujours mes concurrents. Tous les cavaliers des autres équipes ont à cœur de donner le meilleur d’eux-mêmes. Les Irlandais ont une très bonne équipe tous comme les Belges, les Anglais ont ramené Ben Maher et Scott Brash qui ne sont pas n’importe qui. Il faut toujours respecter l’adversaire et nous allons surtout nous occuper de notre chemin et faire le mieux possible. Tous les cavaliers vont avoir à cœur de faire de beaux parcours et nous verrons le résultat à la fin.

Si une pression pèse sur les épaules des cavaliers, il y en a aussi une sur les vôtres, comment vivez-vous cela ?

J’ai bien sûr de la pression parce que je vis pour ces couples et mon cœur vibre pour eux. Toutefois, ayant connu pression en tant que cavalier, je dirais que j’ai l’habitude. Je ne suis pas quelqu’un d’un tempérament posé mais on apprend à gérer cette pression et il faut qu’elle soit positive. C’est celle-là qui nous emmène dans la gestion de nos journées, des équipes, des sélections. Il faut que ce soit quelque chose qui nous permette d’être constructif dans le raisonnement.