Thierry Rozier : "Je veux finir ma carrière sportive du mieux possible"
jeudi 03 octobre 2019

Thierry Rozier et Star
Thierry Rozier et Star lors du CSI 3* de Bruxelles cet été © Scoopdyga

Depuis quelques mois et même quelques années maintenant, le public assiste au retour en fanfare de Thierry Rozier sur les terrains de concours, d'abord avec Venezia d'Ecaussinnes puis avec Star. Cette fille de Singulord Jot et petite fille de Caretino n'est âgée que de dix ans mais elle crève l'écran. Guerrière sensible et généreuse, elle ne manque pas de toucher ceux qui la côtoie, à commencer par son cavalier. Thierry est revenu sur son histoire avec la petite baie, mais aussi sur ses objectifs hivernaux et sur l'année 2020 qui devrait marquer le point final de sa carrière sportive.

Vous rentrez du CSI 4* de Grimaud où vous avez réalisé deux très bonnes semaines de concours avec Star avec six sans-faute à la clé sur huit parcours...

J'ai senti ma jument très très bien le premier week-end alors j'ai décidé de ne pas sauter le Grand Prix parce que je me suis dit qu'elle allait être très bien la semaine suivante. Sans paraître prétentieux, je me suis plutôt bon pour me fixer des objectifs. Je voulais gagner les trois grosses épreuves et nous ne sommes pas passés loin (le couple a fini troisième à chaque fois, ndlr). Elle a fait 5 parcours sans-faute tout au long du week-end. Elle m'a vraiment impressionné. 

Elle semble avoir vraiment franchi un cap ces dernières semaines et se fait très régulière ?

L'année dernière elle a fait deux ou trois concours où elle nous a vraiment surpris. J'ai eu la chance d'aller à Aix-la-Chapelle et j'ai choisi de l'amener en deuxième cheval. Philippe Guerdat m'a demandé si ça allait aller, je lui ai répondu que le couloir jusqu'à la piste était très long et qu'au pire nous avions le temps de faire demi-tour ! Le premier jour, elle fait quatre points sur le dernier avec trois secondes d'avance sur le premier, elle nous a vraiment étonnés. Elle a aussi classé quelques indoors cet hiver puis Venezia a eu ses petits soucis de santé en début de saison et Star est devenue ma jument de tête. C'est peut-être bizarre mais ce genre de situation nous pousse à voir les chevaux différemment. En tout cas, elle a répondu présent. La première fois que je l'ai vraiment testée c'était au CSI 4* de Bourg-en-Bresse. Philippe Guerdat m'a poussé à faire le Grand Prix. Je n'étais pas sûr de moi à 100% mais elle n'a fait que 4 pts sur une palanque. Je me suis dit "wow". J'ai découvert quelque chose. Au fil des week-ends, il est vraiment rare qu'elle me déçoive : elle a remporté le Grand Prix du CSI 2* de Fontainebleau en juillet, elle a été incroyable à Dinard (où elle n'a pas renversé une barre du week-end dans le CSI 3*, ndlr)... Aujourd'hui on récolte ce qu'on a semé. 

Vous en parlez avec beaucoup d'admiration...

C'est une jument que j'ai toujours adorée. Quand je l'ai vue en concours à Oliva la première fois, j'ai eu un coup de foudre. Elle m'a séduite par son respect et son envie de bien faire. Elle a commencé les concours très tard, en fin d'année de six ans. Quand nous l'avons récupérée (fin 2016, elle avait alors 7 ans, ndlr), elle n'était pas prête à faire des gros concours donc nous avons vraiment pris le temps. Je dois d'ailleurs remercier ma propriétaire, Electra Niarchos, pour m'avoir laissé totalement libre quant à la gestion de sa carrière. J'ai toujours dit qu'avec Star c'était à double tranchant, que tout pouvait se casser d'un coup. J'ai fait quelques 115, du Global. Elle devait voir des concours un peu modernes avec des tables et du public. Ce n'était pas forcément marrant mais elle en avait besoin. C'est une jument très sensible, avec un coeur plus gros qu'elle. Elle n'est pas très grande, on dirait presque un Pur-Sang !

Avez-vous des projets à long terme avec elle ? 

Je ne vais pas vous mentir, nous sommes très sollicités par de potentiels acheteurs ces derniers temps. Electra m'a proposé de la garder, comme Venezia, et d'en faire une poulinière quand j'arrêterai ma carrière et je lui en suis très reconnaissant. C'est difficile à accepter parce que j'adore cette jument mais je trouve ça dommage de la garder et puis c'est aussi mon job de vendre des chevaux. 

Elle semble très différente de Venezia ? 

Je dis toujours que les cracks sont ceux qui écrivent leur histoire. Venezia a déjà écrit de belles pages, même si elle n'est pas le cheval avec le plus de moyens. Star doit les écrire. J'aimerais bien voir qui va le plus loin entre ces deux juments, c'est aussi une motivation supplémentaire. 

En parlant de Venezia, vous avez recommencé les concours à Deauville puis à Bruxelles après sa blessure au CSI 5* de Lausanne. Comment va-t-elle ? 

Elle va très très très bien physiquement. Je dois dire que je ne l'ai rarement eu aussi bien. Fin août à Bruxelles, je ne l'ai pas senti dans sa forme optimale donc j'ai décidé de la laisser tranquille. Nous avons fait des examens complémentaires qui ont permis de détecter un petit virus. Ça va se gérer tranquillement puis nous déciderons si elle va courir cette année ou si elle reprendra plus tard. En tout cas, le problème sera réglé pour le début de la saison extérieure. 

Avez-vous des objectifs particuliers à moyen terme ? 

Ce n'est pas moi qui décide mais mes chevaux. J'ai aussi de très bons entraineurs autour de moi qui me conseillent. Actuellement ce sont Thierry Pomel et Henk Nooren. Il y a aussi Bertrand de Bellabre qui vient me faire travailler régulièrement et Nicolas Delmotte avec qui j'échange beaucoup. J'aime m'entourer des gens les plus positifs possible. Je suis très très sensible alors le moindre caillou peut chambouler tout mon programme. Quoiqu'il en soit j'avais deux objectifs hivernaux qui étaient Lyon et Paris. Pour Lyon je ne visais clairement pas le CSI 5* mais cela me semble tout de même un peu compromis alors le point de mire sera les Longines Masters de Paris. 

Ne pourriez-vous pas accueillir de nouveaux chevaux pour renforcer votre piquet de tête ? 

Ma carrière va s’arrêter l’année prochaine donc je n’ai pas envie de jeunes (rires). Ces derniers temps j'ai vendu beaucoup de chevaux. Je pense que les gens ont compris que je faisais un boulot sincère avec mes montures. Cela me donne envie de me consacrer au commerce plus tard mais aussi au coaching. Ce que j'ai fait avec mes chevaux ces derniers temps, je pense que je peux le reproduire et j'aimerais donner les clés à d'autres cavaliers pour y arriver. D'abord, j'aimerais finir ma carrière du mieux possible. Pour cela, je dois garder ma motivation mais je sais qu'elle est fragile. Je fais des concours pour gagner, cela ne m'intéresse pas d'y aller juste pour participer. 

Que peut-on vous souhaiter pour la suite dans ce cas ? 

De finir ma carrière sportive du mieux possible. Mon but est de faire la plus belle année possible. Je ne regrette en aucun cas les trois années qui me sont tombées dessus, c'était quand même incroyable. J'ai été réserviste lors des championnats du Monde, j'ai été à Aix-la-Chapelle, j'aurais pu aller au championnats d'Europe... J'ai même fait mieux que ce que je pensais faire.