Thomas Leveque, une stratégie pour assurer l’avenir
vendredi 13 novembre 2020

Thomas Leveque et Carlita de Gaia
Thomas Leveque et Carlita de Gaia © Jean Louis Perrier

Redoutable compétiteur quand il faut jouer avec le chrono, Thomas Leveque reste sur la même logique d’aller de l’avant, même en cette saison 2020 si particulière ! Après des changements dans son piquet, il prépare 2021 avec de nouvelles ambitions.

Thomas Leveque gère une écurie de 60 chevaux à Miribel (01) dans le "Grand Parc" aux portes de Lyon, où il a son propre piquet de concours et des propriétaires compétiteurs amateurs. Fin 2019, il terminait 2e d’un des GP 4* de St Tropez Grimaud, montrant qu’il avait sa place parmi les meilleurs, et intégrait alors le Groupe 2. La diminution des concours en 2020 a stoppé son élan vers le haut niveau, mais pas son enthousiasme pour aller chercher la réussite. Après le départ de son cheval de tête Seurat Galotière* Vital Horse suite à la fin de collaboration avec son propriétaire Jean-Philippe Clerc, Thomas Leveque, 37 ans, renouvelle son piquet et a de nouveaux projets.

Vous avez eu pas mal de changements dans votre écurie en 2020, comment se présente votre piquet ? 

Je viens de rentrer beaucoup de jeunes chevaux. Je veux revenir aux bases de mon métier, former des jeunes chevaux et les amener vers le haut niveau. J’ai toujours aimé travailler les jeunes, et aujourd’hui c’est la seule façon de s’en sortir, car les chevaux de haut niveau sont inaccessibles financièrement. C’est aussi une façon de faire tourner le business en vendant vers 7 ou 8 ans. C’est difficile de voir les portes des beaux concours s’ouvrir, alors quand on a un très bon cheval, mieux vaut le vendre ! J’ai tout de même des chevaux qui sont prêts pour des bons concours : deux chevaux qui étaient montés par Maxime Couderc confiés par son père car Maxime a décidé d’arrêter la compétition. Cisko du Mourou Z a 11 ans et est très compétitif, mais il est à commercialiser, comme la 7 ans Hermione de l’Hodez. Je peux compter sur Carlita de Gaia qui appartient à sa naisseuse Roselyne Brémont. Cela fait dix ans que je travaille avec Roselyne, j‘avais monté pour elle une fille de Kannan, Secrète de Gaia, et maintenant, elle va m’amener son premier produit Holala de Gaïa qui est par Comme Il Faut. Carlita a été Elite à 5 et 6 ans, et 5e des 7 ans à Fontainebleau. Sa propriétaire la gardera comme poulinière.

Vous êtes un adepte du circuit SHF, pensez-vous que c’est le bon système de formation ? 

Oui c’est très bien, mais il y a beaucoup de questions pour l’avenir de ce circuit ! C’était particulier cette année, mais que va-t-il se passer en 2021 ? On ne sait pas qui sera président et ce qu’il en sera des gains. Même si ce n’est pas suffisant pour faire vivre une écurie, ce qu’on pouvait gagner les années précédentes permettait de payer le transport, récupérer l’engagement…. Sur l’épreuve au chrono des 6 ans on pouvait gagner 300€, un bon 6 ans rentrait dans ses frais, et puis c’est motivant pour les propriétaires. S’il n’y a plus de gains, autant faire des Prépa quand elles sont dans des bons concours ! 

Avec les chevaux d’âge quels sont vos projets ? 

Je viens de faire un concours Professionnel à huis clos à Mâcon, c’est très bien que ça existe et c’était très bien organisé. Je vais faire le CSI 1* du Winter Tour de Chazey et après on verra si c’est plus facile d’accéder à des concours en 2021 ! Cette année pour les cavaliers "normaux", je veux dire ceux qui ne sont pas dans le top du top, et qui n’ont pas un compte en banque leur permettant de faire un chèque de 25 000€ pour aller à Grimaud, il n’y avait pas beaucoup de possibilités ! Après ma 2e place dans le GP 4* de Grimaud l’an dernier, j’ai pu accéder aux stages Equipe de France. C’est bien, mais après quand on demande des sélections, il n’y a pas de place parce que les cavaliers de l’équipe 1 sont prioritaires, ça se comprend, mais du coup c’est impossible d’avancer ! Au mieux, on peut espérer avoir accès à un beau concours de temps en temps avec un seul cheval, et sans avoir le droit de faire le grand prix ! Même les 2* de Grimaud sont inaccessibles car les meilleurs cavaliers y mettent leur deuxième piquet et les autres places sont pour ceux qui payent. Ce n’est pas motivant pour les propriétaires, et le système tourne en rond ! Et on voit de plus en plus de concours où il faut payer une table pour pouvoir engager...

Vous avez beaucoup de propriétaires qui montent leurs chevaux en compétition, comment se passe ce nouveau confinement ? 

C’est beaucoup mieux que lors du premier où ils ne pouvaient pas venir. Pour sortir tous les chevaux chaque jour, j’ai du employer trois personnes et je n’ai pas facturé de services supplémentaires, donc ça m’a couté ! Là on peut les accueillir et ils s’occupent de leurs chevaux, il y a juste l’absence de concours pour eux. Il ne faudrait pas que ça dure trop longtemps ! J’ai l’habitude aussi de leur proposer des stages avec des intervenants extérieurs, j’avais commencé à préparer ça mais avec le nouveau confinement, c’est bloqué. Pendant le premier confinement quelques un ont mis leurs chevaux au pré mais ils sont revenus ensuite. Il faut comprendre qu’ils investissent beaucoup pour leur passion, c’est normal qu’on s’occupe au mieux d’eux, et s’ils ne peuvent pas faire de concours, ça va être compliqué ! 

Vous apparaissez comme organisateur d’un CSO Pro en juillet 2021 dans vos installations, comment est né ce projet ?

 C’est une de mes propriétaires, Laura Abou, qui dans le cadre de ses études à monter le projet de l’organisation d’un concours. Sa grand-mère, Arlette Brossard, a toujours été très investie dans le milieu équestre et s’occupait des concours qui ont eu lieu sur le site des iles de Miribel. Il y a eu de très beaux évènements et ça me plait de relancer un concours ici. Jean-François Gourdin était dans l’organisation de ces concours, il est ravi de ce retour de la compétition et il sera le chef de piste. J’ai sollicité les gestionnaires du Parc pour avoir leur soutien pour améliorer les infrastructures comme le parking. Malheureusement le club voisin de l’Escadron n’a toujours pas repris de l’activité, seulement le restaurant est ouvert, pas en ce moment à cause du confinement, mais ça relance un peu le site. On est vraiment bien situé, ça devrait faire un bel évènement !