Zoé Aernout : « Quand j’ai acheté Boumbalis, je n’aurais jamais pensé pouvoir sauter ces hauteurs-là, et encore moins gagner »
mercredi 04 août 2021

Zoé Aernout et Boumbalis
Zoé Aernout et Boumbalis sont les nouveaux champions de France Juniors © FFE/PSV

Le 1er août dernier, sur la piste du Haras du Loup en Normandie, Zoé Aernout a été sacrée championne de France Juniors. Une victoire aussi belle qu'inattendue pour la jeune cavalière rouennaise, en selle sur son très bon Anglo-arabe Boumbalis (Ultra de Rouhet). Non sans émotion, elle revient sur ce championnat, son histoire avec son cheval de dix ans et aborde ses projets pour la suite de sa carrière.

Il y a quelques jours, vous étiez sacrée championne de France à l'issue de trois parcours sans-faute et d'un malheureux quatre points lors de la finale. Quelle analyse faites-vous de chacun de vos tours ?

Nos tours se sont très bien passés, et Boumbalis était très à l’écoute. Souvent, il peut me faire quelques fautes de négligence, et là, puisque nous avions beaucoup travaillé le galop en amont, nous terminons troisième de la chasse. Une victoire surprenante puisque, à voir de l'extérieur, il ne va pas si vite que cela, mais en réalité il est extrêmement rapide. Ce qui est étonnant, c’est que je n’ai pas joué le chrono sur ce tour-ci, j’avais un rythme normal. Sur le second tour, nous terminons sans-faute, alors que les obstacles étaient beaucoup plus imposants que la veille. Je ne m’attendais pas non plus à un tel résultat. Concernant notre avant-dernier parcours, la technicité était de mise. J’ai donc dû énormément solliciter mon cheval, qui avait déjà beaucoup donné sur nos deux derniers parcours. Je l’ai énormément encouragé à la voix, et il a tout donné sur ce parcours-là, puisqu’une nouvelle fois nous terminons sans-faute. Lors de notre dernier tour, je partais confiante, sans stress. Et puisque je ne partais pas dans l’objectif de gagner, et que mon cheval avait déjà été incroyable lors de nos tours précédents, je me suis dit que je voulais simplement prendre du plaisir et de l’expérience. Sur le parcours final, en sortie de triple, je fais une petite faute car il commençait à fatiguer. Mais cela ne nous a pas désavantagé puisque les troisième et quatrième couples au provisoire avaient déjà fait quatre points. Alors même avec une barre, je restais deuxième. Et finalement, je gagne puisque la cavalière en tête du classement provisoire est pénalisée de vingt points. Je ne m’attendais pas du tout à cette victoire, et je n’y crois toujours pas !

Comment vous étiez-vous préparée à une telle échéance ?

Je suis partie aux championnats sans avoir pour objectif de les gagner, parce que je n’ai pas beaucoup d'expérience ni de résultats probants sur des épreuves à 1,40m. Je faisais souvent quatre points, donc je me suis rendue à ces championnats en partie pour prendre de l’expérience. Et, à ma grande surprise, cela s’est très bien terminé ! Pendant une semaine, mon cheval n’a pas du tout vu la carrière. Je suis allée en trotting ou à la plage, et ne l’ai travaillé en carrière que trois jours avant la compétition, afin de préserver son mental. Nous nous sommes principalement exercés sur les rivières, car c’est un cheval qui regarde beaucoup l’eau.

Boumbalis n’a de cesse de vous surprendre, comment ce cheval est-il arrivé sous votre selle ? 

Mon cheval est un Anglo-arabe de dix ans assez compliqué. Je l’ai depuis qu’il a six ans, et c’est le genre de cheval qui ne peut avoir qu’un seul cavalier. Nous nous sommes formés ensemble puisque lui n’avait quasiment rien fait auparavant, et moi je n’avais que quatorze ans. Nous avons commencé sur des épreuves à un mètre et, en quatre ans, nous avons gagné des épreuves à 1,40m. Son évolution est incroyable. Quand je l’ai acheté, je n’aurai jamais pensé pouvoir sauter ces hauteurs-là, et encore moins gagner. Remporter les championnats de France Juniors avec lui, c’était inespéré. Boumbalis un cheval très joueur, avec un vrai caractère d’anglo-arabe. Il est également très généreux, il me donne tout. Lorsqu’il est arrivé dans mes écuries, je ne m'étais pas du tout intéressée à lui. En réalité, c’est en partie grâce à ma mère que j’en suis là : alors qu'elle qui n’est pas du tout dans le monde de l’équitation, c'est elle qui m’a un jour dit qu’il serait un cheval d’avenir pour moi. Nous avons donc pris la décision de l’acheter. Quand je vois ce qu’il est capable de faire maintenant, je me dis que c’est une opportunité extraordinaire d’avoir un jour croiser la route de ce cheval. 

Comment arrive-t-on à un tel niveau si jeune ?

J’ai dix-huit ans depuis le mois de février dernier, c’est donc ma deuxième année en tant que Junior. J’ai commencé l’équitation à shetland, à cru. Ensuite, j’ai eu une ponette en demi-pension, qui m’a bien aidée à n’avoir peur de rien, car nous faisions du cross ensemble. J’ai ensuite trouvé un poney, qui n’avait que quatre ans. Il était très compliqué et me faisait tomber à peu près trois fois par séance. Mais grâce à lui, j’ai commencé les épreuves à 1,10m à l’âge de douze ans, et j'ai été Espoir Normandie. Ensuite, j’ai rencontré Boumbalis et mis mon poney en location. En parallèle, nous avions acquis un cheval avec beaucoup d’expérience dans le but de me former sur les grosses épreuves, en attendant de pouvoir correctement monter Boumbalis. Suite à cette saison de formation, je suis arrivée à l’académie Delaveau en janvier 2020. Cette année, j'ai obtenu mon baccalauréat dans le cadre d'un parcours en sport étude, et l’année n’a pas été de tout repos. Allier les études et les chevaux, c’est très prenant. A la rentrée prochaine, je vais commencer mes études supérieures à l’EDHEC (une école de commerce, ndlr). Mon emploi sera adapté car j'ai intégré la section réservée aux sportifs de haut niveau : je suivrai certains cours à distance, afin de pouvoir me consacrer aux chevaux le reste du temps. Mais avant la rentrée et la reprise de la saison, je vais mettre Boumbalis en vacances en thalasso. Je souhaite le remettre en forme, tant physique que morale, car ces championnats tirent sur les chevaux, et je ne veux pas qu’il assimile les concours à quelque chose de difficile. En termes d’échéances, je n’ai pas encore fait mon programme mais j’aimerai faire quelques compétitions à l’étranger. Mon rêve pour la suite de ma carrière sportive serait d’intégrer l’équipe de France. Mais je suis consciente d’être un peu pénalisée puisque je n’ai qu’un seul cheval. Quand on regarde bien, la plupart des cavaliers ont au moins un trio. Personnellement, je n’ai pas encore les moyens nécessaires pour en avoir d'autres. A l’avenir, j’aimerais que l’on me confie d’autres chevaux, afin de pouvoir courir des épreuves plus importantes.