Lambert Leclézio, Loïc Devedu et Estado*IFCE : un trio qui fonctionne !
mercredi 25 novembre 2020

Lambert Leclézio, Loïc Devedu et Estado*IFCE
Lambert Leclézio, Loïc Devedu et Estado*IFCE © Elodie Muller

A l’occasion du concours Pro huis clos organisé au Pôle Européen du cheval du Mans, le week-end dernier, c’est une silhouette peu habituelle sur un terrain de concours en dressage que l’on a pu apercevoir dans les tribunes du grand manège. Lambert Leclézio, champion d’Europe et du monde de voltige, accompagnait son partenaire de danse, Estado*IFCE, engagé dans la Pro 2 Préliminaire. Rencontre avec le longeur et cavalier du grand bai, Loïc Devedu, et son voltigeur.

Au milieu des allées de boxes, un « homme élastique » s’étire, à la grande surprise des cavaliers et chevaux de dressage. « Ils n’ont pas l’habitude de voir un tapis rouge avec un petit gars qui effectue de drôle de mouvements », lâchons-nous à Lambert Leclézio avec un sourire. Si les voltigeurs n’ont pas eu la chance d’avoir une saison de compétition en pleine année de crise sanitaire, le champion du monde et d’Europe en titre profite de toutes les occasions pour se perfectionner avec son nouveau partenaire de danse, le hongre de 11 ans, Estado*IFCE. « Il est arrivé en juin 2019 à Saumur, explique Lambert en précisant, après la retraite de Poivre Vert au lendemain des Jeux équestres mondiaux de Tryon, nous avons cherché un nouveau cheval pour la suite de ma carrière. Pendant cette période de transition, j’ai pu continuer à évoluer avec Aroc CH, un cheval d’équipe pour la Suisse (avec lequel il est sacré champion d’Europe en juillet 2019, NDLR) ». Déniché grâce à une amie hollandaise impliquée dans le milieu du dressage, c’est donc avec Estado que le voltigeur va poursuivre sa carrière internationale. « On cherche de plus en plus une qualité de chevaux qui se rapproche de celle du dressage. Il faut ensuite une bonne année pour mettre un cheval à la voltige », poursuit-il. Avec cette année 2020 très particulière, le voltigeur a pu profiter de quelques mois supplémentaires dans la préparation de son cheval. « C’est très dur pour nous. Nous aurions dû commencer à sortir avec Estado, avec, en ligne de mire, les championnats du monde qui devaient se tenir en Suède et qui ont finalement été reportés à l’année prochaine. Pour autant, cela nous a donné le temps de vraiment bien le mettre pour attaquer la saison prochaine », relativise le champion. Mais alors, comment du dressage, Estado*IFCE est-il passé à celui sur lequel tous les espoirs de futures médailles de Lambert Leclézio reposent sur les épaules ? 

Dresser pour mieux former

« Il n’avait certes jamais fait de voltige mais nous partions d’un cheval déjà dressé puisqu’il avait évolué sur le petit Saint Georges en Belgique. Cela a facilité le travail de base », souligne l’écuyer du Cadre Noir, Loïc Devedu. Ancien voltigeur, Loïc a suivi une formation de longeur au Pôle France de Saumur, qu’il a intégré fin 2015. Et lorsque Davy Delaire, sélectionneur national de voltige, et Lambert Leclézio, lui ont demandé de longer Estado*IFCE, il n’a pas hésité une seconde. « Dès les premiers entrainements de voltige, le cheval acceptait quasiment tout. Nous avons d’abord fait des séances avec des mouvements faciles, sans saut, pendant deux mois, puis nous avons intensifié l’entrainement pour s’approcher de celui d’un cheval de voltige de compétition. Nous avons été surpris de le voir évoluer si vite, mais c’est aussi grâce à la relation qu’il entretient avec Lambert », raconte le cavalier. En parallèle de ses deux entrainements de voltige par semaine, le mercredi et le vendredi, Estado*IFCE peaufine sa préparation physique et mentale sur le plat et en trotting. Et c’est justement pour pallier l’absence de sorties en compétition de voltige que Loïc a décidé de présenter le grand bai sur la Pro 2 Préliminaire, le week-end dernier au Boulerie Jump. « Sortir en dressage permet de lui montrer des terrains, d’autant que les deux disciplines ont des points communs comme les lices, l’ambiance, même si elle est plus importante en voltige lorsque l’on entre en piste (rires). C’est d’autant plus formateur qu’il n’a pas pu sortir cette année. Et puis, il y a aussi le côté plaisir pour moi qui le monte tous les jours. Je suis content de le sortir en concours et de voir où il en est dans son dressage », sourit Loïc, qui malgré une erreur de tracé et plusieurs fautes en piste, était satisfait des commentaires encourageants des juges. Et Lambert n’était pas peu fier de son « pote ». « Il est beau n’est-ce pas », lâchait-il alors que quelques heures plus tard, le trio se trouvait à nouveau sur la piste du grand manège, mais cette fois, pour une démonstration de voltige !

Un trio d’enfer

« Nous avions déjà fait deux démos ici au Mans et nous avons pu faire des représentations en situation au Cadre Noir lors des matinales par exemple, ce qui nous a permis de tester son comportement. Nous n’avons pas trop de doute sur le fait qu’il soit capable de refaire ce qu’il présente à l’entrainement une fois en compétition », insiste Lambert qui a su créer un lien particulier avec Estado*IFCE. « Il a une super bonne tête, il est gentil et il accepte tout ce que fait Lambert, mais c’est aussi parce ce qu’il s’en occupe énormément », souligne Loïc tandis que Lambert réplique. « Il fait très bien la différence entre le filet, qui signifie travail, et le licol, quand je le sors le dimanche pour son jour de repos », sourit-il alors que Loïc ajoute, « sur le premier temps de galop à gauche il a toujours besoin de lancer trois coups de cul en couinant avant de se mettre dans le boulot ! Mais dès que Lambert arrive il sait qu’il doit être concentré pour qu’il puisse faire son job. Pour autant, une fois à pied, il sait qu’il peut un peu tout faire avec Lambert, alors qu’avec moi il fait un peu plus attention (rires) ». Gourmand et taquin, « il aime bien mordiller », s’amuse Loïc, Estado*IFCE possède le caractère et le charme nécessaire pour permettre à Lambert d’aborder avec sérénité la suite de sa carrière sportive. « Il a un côté fier et têtu mais cela reste toujours dans le contrôle. C’est le cheval avec le plus de qualité que j’ai eu jusqu’à présent, il a tout pour que nous allions chercher de nouvelles médailles », lance Lambert qui a déjà les yeux rivés vers le CVI de Saumur en avril prochain, puis sur celui d’Ermelo et pourquoi pas d’Aix-la-Chapelle, avant de rêver à une nouvelle médaille mondiale à l’été 2021. « C’est un trio qui fonctionne très bien », lâchent en cœur Loïc et Lambert.