Aachen 2026 – Complet : copy book ride des Anglais !

Xavier Boudon 15 août 2026

Impressionnants. Bluffants. Epoustouflants. Les superlatifs manquent pour qualifier la performance des britanniques sur cette épreuve de cross difficile. Ils s’installent en tête avec une confortable avance sur l’Allemagne, emmenée par un Michael Jung déterminé, maxi et désormais leader en individuel. Le bilan français est mitigé, entre les beaux parcours de Gaspard Maksud et Astier Nicolas, et la déception légitime de Benjamin Massié, éliminé, et de Nicolas Touzaint, victime d’un MIM.

La chaleur moite régnant dans le parc de la Soers, entretenue par quelques gouttes de pluie orageuse, n’a offert aucun répit aux participants ni aux spectateurs. Ces derniers étaient des dizaines de milliers à se presser le long des kilomètres de cordage, tentant d’apercevoir leur cavalier favori. Contrairement au CHIO habituel, les supporters se sont répartis autour des 28 obstacles du parcours dessiné par Giuseppe della Chiesa. Il était finalement assez facile de profiter du spectacle offert par les 90 couples au départ, sans avoir besoin de se battre. Ce samedi fut une belle journée pour le sport, avec certes quelques incidents, mais sans véritable catastrophe.

Les Kiwis en difficulté

Second à s’élancer, Clarke Johnstone devait donc montrer le chemin à ses coéquipiers. Auteur du deuxième meilleur dressage de l’équipe, il pouvait, en rentrant à l’heure, mettre son pays sur la voie. Hélas, Rocket Man se mit à saigner abondamment entre les obstacles 10 et 11, l’obligeant à s’arrêter. Fort heureusement, ce fut l’unique problème de ce genre. Il y eut en tout deux forfaits avant départ (dont la jeune marocaine Noor Slaoui), deux abandons (italiens), et dix-huit éliminations. La plus fâcheuse fut pour le premier tricolore, Benjamin Massié. Pourtant fort sur le cross, il s’est fait piéger sur la combinaison Turkish Airlines n°9, Figaro Fonroy dérobant sur le droite. Cela aurait pu rester anodin si l’alezan n’avait pas glissé dans le coffin, entraînant l’élimination du couple… Même punition pour l’Australie qui a perdu Oliver Barrett sur le n°17C (chute du cavalier) et la Grande-Bretagne dont la cadette de l’équipe Gemma Stevens n’est pas parvenue à franchir le n°8, un coffin dont la configuration a joué des tours à plusieurs pilotes (le trou étant plongé dans l’ombre). Ces nations n’ont donc plus le droit à l’erreur.

La prime au maxi

Seulement six cavaliers ont réussi à rentrer à l’heure, et même un peu en avance pour certains. Parmi eux deux allemands, Christoph Wahler (sur D’Accord FRH), et sans grande surprise…Michael Jung associé à son éternel Chipmunk FRH. Point commun entre le multimédaillé allemand et les trois Britanniques à ses trousses (Ros Canter, Tom McEwen, et Laura Collett de la 2e à la 4e places) : une équitation fluide, efficace, en avançant. Pourtant, les difficultés étaient nombreuses et la fatigue pouvait finir par entamer le moral des concurrents. « Copy book ride » comme disent les anglo-saxons pour qualifier un parcours exemplaire, fait de légèreté et d’efficacité. Et c’est donc tout naturellement que les deux pays se retrouvent ce soir à la lutte pour la première place, avec un net avantage pour la Grande-Bretagne (un peu plus de trois barres d’avance). Derrière, la Suisse montre qu’il faut définitivement compter sur elle. Certes, jusqu’à présent, elle a toujours manqué la médaille d’un cheveu. Mais à force d’insister, nos voisins Helvètes vont bien finir par la décrocher, aidés de Mélody Johner (9e ce soir) et Felix Vogg (15e). L’autre belle impression nous a été donnée par les Irlandais. Ils ont le cross dans le sang, et même si c’est parfois un peu moins ‘classique’ que leurs voisins anglais, c’est d’une efficacité redoutable. Ils pointent désormais en 4e position à moins d’une barre des suisses. Juste derrière, nous retrouvons américains et français. Si l’or est a priori promis à la Grande-Bretagne ou à l’Allemagne, le match pour le bronze s’annonce très disputé.

Deux erreurs fatales

La douche froide subie par le clan français d’entrée de jeu n’a malheureusement pas rafraîchi les idées des tricolores. Alors que tout se passait bien, Benjamin Massié et Figaro Fonroy ont subi une dérobade sur le premier directionnel de l’obstacle n°9, du côté droit. Alors qu’il voulait revenir par la gauche pour optionner, le français n’a pu éviter une glissade de son cheval dans le coffin. Le couple était éliminé, obligeant ses coéquipiers à assurer et augmentant considérablement la pression sur les épaules. Plus le droit à l’erreur ! Suivant au départ, Alexis Goury devait absolument bien finir. Et c’est exactement ce qu’il a fait avec brio sur son bon Je’vall, pour son tout premier Championnat du Monde. Seulement 6.4 pts de pénalité, de quoi relancer le clan français. Même réaction de Gaspard Maksud qui ne prend que 4 secondes de temps dépassé, ce qui le place désormais 7e et meilleur français avec son excellente Zaragoza. Comme souvent lorsqu’il court en individuel, Astier Nicolas a tenu son rang. Son bon vieux Alertamalib’Or a déroulé de bout en bout, terminant avec seulement deux secondes de trop. Le duo figure au 8e rang et conserve lui aussi ses chances. Dernier à s’élancer, Nicolas Touzaint portait donc tous les espoirs de l’équipe de France. Rentrer sans incident coûte que coûte, quitte à prendre un peu de temps. Tout allait bien jusqu’au n°24, le SAP Village, et ce troisième élément. Diabolo Menthe a heurté l’obstacle, déclenchant un MIM et entraînant 11 pts de pénalité, auxquels se sont ajoutés 26 secondes de retard…trop pour sécuriser une place sur le podium.

La réaction de Gaspard Maksud (7e)

« Elle adore monter et descendre, elle sait comment galoper. Elle a répondu à mes sollicitations tout au long du parcours. C’est son second Championnat et elle a montré qu’elle était solide. C’est vraiment une chance et un plaisir de la monter. »

La réaction de Michael Jung (GER), 1er au provisoire

« Chipmunk a été incroyable. Il est plein d’énergie, il galope, il saute… Il écoutait tellement bien aujourd’hui, il était hyper agréable à monter. Maintenant il a toute l’expérience nécessaire. Le sol était parfait, les conditions aussi, et le temps nuageux nous a clairement aidé. J’ai regardé beaucoup d’autres cavaliers, et nous avons beaucoup échangé sur notre stratégie tout au long de l’épreuve. Toute l’équipe a combattu ensemble et nous avons vécu une très belle journée de cross. »

Classement provisoire après le cross :

Crédit photo à la une: Gaspard Maksud & Zaragoza (photo : Léa Tchilinguirian)