Aliette Forien, éleveur de chevaux de course et de concours hippique
jeudi 29 janvier 2009

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Aliette Forien et Turtle Bowl © Eric Fournier

Chez Aliette Forien dans les paddocks ornais du Haras de la Reboursière et de Montaigu, entre le Haras du Pin et Nonant le Pin, les poulains pur sang issus des cracks Galiléo, Hurricane Run, Dalakhani font, le temps de quelques semaines seulement, pâture commune avec les produits sport de Kannan, Jumpy des Fontaines, Jarnac, ou Klotaire du Moulin.

Très tôt ils se sépareront et leurs chemins ne devraient plus se croiser. Dans la perspective des grandes ventes internationales de Deauville (Août et Octobre) et Newmarket, Aliette Forien mettra ses yearlings pur sang au travail dés la première quinzaine de Juillet. Ils apprendront en priorité à marcher, à se présenter en main et seront lustrés très régulièrement. «Il y a encore peu les yearlings sortaient par lots de 5 ou 6 pour marcher environ 45 minutes en main » explique la propriétaire du fameux haras fondé par son arrière grand père Gabriel Guerlain en 1903 « Le marcheur est aujourd’hui la solution moderne qui nous permet de les mettre en condition progressivement de sorte qu’ils peuvent prendre quelques muscles flatteurs en vue des ventes » . Chaque cour (170 boxes au total sur les divers sites de la propriété) est assortie des équipements adaptés pour que les poulains puissent prendre un peu d’exercice (ronds, terrains de détente, paddocks soigneusement entourés de belles lisses....).

Quant aux quelques chevaux de selle d’Aliette Forien, leur cycle d’apprentissage est nettement plus long ; C’est aussi une des raisons pour laquelle ils sont peu nombreux. Il leur reste au moins 3 ans à passer dans les pâturages de la propriété qui s’étend sur 200 hectares de bonnes terres plutôt argileuses et souvent mouillées. Ils y goûteront une herbe de qualité peu précoce mais qui dure assez tard dans la saison et feront l’objet des meilleurs soins rentrés tous les soirs jusqu’à un an et demi. « Ici les poulains sont assez gâtés » sourit la propriétaire. Ils bénéficient en effet de larges boxes spacieux, d’une paille croquante, longue et abondante et des visites quasi quotidiennes du Dr vétérinaire Foursin qui suit l’état sanitaire du cheptel, soit 80 reproductrices dont 25 appartiennent à Aliette Forien.

A l’approche des ventes le haras est régulièrement visité par les clients et les grands courtiers français, internationaux et les sélectionneurs d’Arqana en quête des meilleurs produits de l’élevage pour les ventes de prestige. Inutile de préciser que leur pedigree, leur conformation et leur « look » relèvent du zéro défaut. En 2008, le Haras de la Reboursière et Montaigu était 3ème au classement des vendeurs en Août à Deauville (27 lots) et 5ème en Octobre (20 lots). Des produits de Galiléo (étalon vedette du moment), de Dubawi, de Sadler’s Wells et Green Tune y ont fait de beaux prix. Comme c’est souvent le cas, la plupart resteront en France, à l’élevage ou à l’entraînement pour le compte de grandes écuries internationales. « Même s’ils ne nous appartiennent plus, nous les suivons avec les yeux de l’amour comme s’ils étaient encore à nous. Les primes au naisseur occasionnent des rentrées non négligeables si le produit marche bien » . L’objectif est différent pour les produits SF destinés au sport. « Il n’y a pas de pression les chevaux de selle sont avant tout une passion qui renvoie à de bons souvenirs sportifs. Urigny (Fulminant) et Furiosa (Night & Day) m’ont longtemps accompagné en classe B et classe A et jusqu’aux Championnats des Cavalières » se remémore Aliette Forien. L’idée de disposer un jour d’un cheval de Grand Prix ne déplairait pas à l’éleveuse qui a déjà connu quelques belles satisfactions sportives.France Deshayes est palefrenière cavalière et s’occupe de la logistique des chevaux de sport. Elle a à sa disposition une carrière de bonne dimension, un parc d’obstacle et surtout 300 ha de forêt qui permettent aux jeunes chevaux de parfaire leur condition en extérieur.

2008 a été une excellente année pour le Haras de la Reboursière et Montaigu avec la première victoire de Groupe I des couleurs gris et acier toque bleue. La victoire de la pouliche Belle et Célèbre dans le Prix Saint Alary fût un moment inoubliable que tout propriétaire rêve de connaître un jour. Et lorsque le propriétaire est également l’éleveur, la joie s’en trouve décuplée. Les 6 étalons p.s disponibles sur place connaissent également un certain succès, à l’instar du beau gris Literato (Kendor x Cardoun), 2ème du Jockey Club, d’Astronomer Royal (Danzig x Easy Goer), Gagnant de la Poule d’Essai 2007 ou Archange d’Or, fils du grand Danehill. Les compétences et la confiance placée en Jean-Pierre Garcon, Stud Groom depuis de nombreuses années (il manage la vingtaine d’employés), permettent à Aliette Forien de se concentrer sur la gestion de l’élevage, la promotion des yearlings, les relations commerciales à consolider et les nouveaux marchés internationaux à explorer. Sur le circuit SHF de Basse Normandie, c’est Jean Pascal Sartous qui assure l’exploitation et la valorisation des quelques jeunes chevaux maison qui lui sont confiés sur le principe d’intervenant « free lance ». Quariosa (Dollar du Murier x Franc Ryk), était Elite l’an dernier. Elle est la sœur utérine du mâle Laudator (Narcos II), Champion de France des 6 ans hunter avec Guillaume Blin-Lebreton. Laudator évolue aujourd’hui avec Max Thirouin dans les 1,40m et dispose d’un bel ISO 146/08. A noter qu’Aliette Forien s’était portée acquéreur de Franc Ryk ps avec Xavier Ribard après avoir décelé une certaine prédisposition à l’obstacle de sa production. Professor (Fidélio du Thot x Pancho II aa), propriété de la Marquise de Moratalla, amie d’Aliette Forien et propriétaire célèbre qui cultive aussi la double passion du sport et des courses, se faisait remarquer dés ses premiers tours à 4 ans avec Jean Pascal Sartous. Il le classait Elite à 4 ans (ISO 129/08) et obtenait de belles primes en hunter 5 ans. Le 6 ans Ok Corral (Elu de la Gillerie HN x Jexico du Parc) a aussi montré de bonnes choses cette année (ISO 137/08) et devrait confirmer à 7 ans.

Pour assurer le bon fonctionnement de son élevage, Aliette Forien n’hésite pas à se déplacer. Elle entretient des relations régulières avec le célébrissime Haras de Coolmore en Irlande, se rend aux ventes de Newmarket, visite des haras aux Etats Unis et acquiert parfois à l’étranger des pouliches dignes d’intérêt susceptibles de diversifier ses souches à l’élevage. « Malheureusement, depuis quelques mois, nous n’échappons pas à la crise internationale. Le contexte est difficile, le marché est tendu et extrêmement concurrentiel, il faut bouger, se distinguer, coller à la demande et dégager une bonne visibilité de notre marque R M (Reboursière et Montaigu). Nous consacrons un budget considérable à la promotion du haras (environ 80 000 €/an), notamment avec JDG (Jour de Galop) qui est devenu un opérateur de promotion incontournable pour les professionnels des courses » . Elle se rend le plus souvent possible sur les champs de courses pour aller à la rencontre des clients et des futurs acheteurs. Parallèlement, son mari Gilles (Agence FIPS) développe sa propre activité de courtier en étant très présent du côté de Chantilly. Elle s’engage depuis deux ans en étant Vice Présidente du Syndicat des Eleveurs de Pur Sang « car il faut à tout prix sauvegarder les particularités du système français face à des opérateurs privés qui pourraient le mettre à mal » . Elle siège aussi au Conseil d’Administration de France Galop.

Le système n’est pas comparable pour le sport « Les opportunités de valorisation sont tardives et très aléatoires. Un étalon ne connaît la vraie notoriété qu’après de grosses performances internationales significatives qui se situent vers 10 ans. En courses un mâle qui s’est bien montré ou une pouliche qui a rapidement gagné arrête vite sa carrière sur les hippodromes et entre au haras. En CSO, il y a beaucoup plus d’étalons que dans les courses, sûrement trop ; Tous n’ont pas les qualités requises pour bien travailler. Nombre d’entre eux encombrent parfois le marché. En courses la sélection est draconienne, seuls les étalons performers irréprochables à tout point de vue travaillent. Quant aux perspectives de gains en concours hippiques, elles sont complètement déconnectées de la réalité économique et des coûts de production d’un cheval fini » . Observatrice régulière des concours normands et de la Grande Semaine de Fontainebleau, ou elle prend plaisir à se détendre après les ventes de Deauville, Aliette Forien est souvent sollicitée pour intégrer des associations d’éleveurs comme l’A.D.E.P à laquelle elle adhère de par sa situation géographique et affective. C’est par manque de temps qu’elle ne s’y est pas encore engagée davantage.