Camargues du cru et d'ailleurs
vendredi 23 août 2002

camargue-arret
Avec son Camarigo, Marie-France Pennec parcourt les chemins de France. Photo Sophie Lloyd.

Enfant chéri du Delta du Rhône, le cheval de Camargue, depuis des siècles, foule les zones marécageuses et travaille aux côtés des gardians. Séduits par les qualités de cet équidé, des passionnés l'ont emmené vivre et se reproduire sous d'autres cieux.

Si l'on commence, aujourd'hui, à savoir où va le camargue, les experts ne peuvent toujours pas affirmer d'où il vient. Personne, pour l'instant, ne peut affirmer précisément ses origines. Mais on constate que s'il y eut, au fil des siècles, un apport de différents courants de sang, la race autochtone les absorba pour rester elle-même. La vie du cheval Camargue dans le marais où il ne se déplaçait que pour apaiser sa faim lui a notamment permis de se forger une résistance exceptionnelle. La vie en troupeau et en liberté a fait de lui le cheval que l'on connait aujourd'hui. Tous les éleveurs respectent cette tradition. Et s'ils apportent aux chevaux une surveillance accrue pour suivre au plus près les qualités de la production, les modes ancestrales d'élevage, avec, en particulier, la monte en liberté et la mise bas en pleine nature perdurent dans les manades. Aujourd'hui, le berceau de race (régions PACA et Languedoc) compte environ 2000 chevaux. Comme dans bien d'autres régions de France, la moyenne des poulinières régresse par élevage. En 1997, en effet, une importante progression des naissances en berceau marquait l'apogée de la protection des races menacées. Mais les naissances enregistrées l'an passé repassent sous la barre des 300 (référence Haras Nationaux). Le camargue deviendrait-il plus difficile à trouver pour un acheteur, à l'heure où, justement, le public cavalier découvre ses atouts et où la demande s'accroît ? Pas vraiment, car notre "petit blanc" a déjà "fait son trou" hors de son marais d'origine, et sans y laisser son âme.

La poignée d'éleveurs qui, il y a une vingtaine d'années, s'attachèrent à ammener le camargue hors de ses "frontières" eurent certainement une bonne idée. En quelques années, les initiatives du type de celles de M. Vidalin, en Picardie, ou de M. Courty, en Saône-et-Loire ont fait des émules. La Bourgogne et la région Poitou-Charentes sont de bons exemples de cette implantation hors berceau réussie. La 1e compte aujourd'hui une centaine de chevaux et la 2e une cinquentaine. Le camargue est d'ailleurs représenté dans de nombreux départements français, même si c'est à moindre degré. Il faut ajouter que la race se retrouve désormais dans plusieurs pays d'Europe. Et il est intéressant de noter que, partout, le mode d'élevage hors berceau reste fidèle à la tradition. De même, les prix du marché sont à peu près identiques, de 3800 à 4000 € pour un 4 ans juste débourré ou une jument, et un prix de départ d'environ 5000 € pour un étalon.

Au fil des ans, les gardians qui, aujourd'hui, sont souvent de simples amateurs l'ont conduit à élargir son champ d'action et à réaliser d'autres performances, notamment sur un terrain plus sportif. Quittant progressivement sa vie quasi agricole et se construisant une autre image, il restait à Crin Blanc à prouver que ses capacités ne s'arrêtaient pas à une version modernisée de ses activités traditionnelles. Côté sport, les preuves de la polyvalence de la race ont longtemps manqué, faute d'avoir tenté l'expérience. Aujourd'hui elles abondent, toutes disciplines confondues. L'attelage de loisir, en particulier, semble l'une des destinations parfaitement adaptées au cheval camargue. Plus surprenant, il montre d'étonnantes qualités en dressage. Toujours plus fort : l'an passé, les cavaliers de saut d'obstacles n'en croyaient pas leurs yeux, sur le Grand Parquet de Fontainebleau, lorsqu'un "petit blanc", tous crins dehors, enjamba avec aisance les obstacles de l'épreuve cycle libre.