Elever pour le dressage
jeudi 17 août 2000

elever dressage 3/4
Ultimat Thor. Ph. PSV/Konica.

Alors que le marché est largement dévolu au CSO et que nos meilleurs cavaliers de dressage choisissent essentiellement des chevaux d’origine saxonne, des éleveurs traditionnels ont fait naître quelques bons Selle-Français classiques.
Enquête chez trois éleveurs bourguignons.

Pierre Favier, naisseur d’ULTIMAT, Michel Guénard et son élevage de Grand Champ et Michel Collaud qui a produit les bons chevaux du « Rabutin » ont tous les trois la soixantaine passée et sont exploitants agricoles traditionnels, élevant d’une part des bovins et de l’autre des Selle-Français d’obstacle . Si l’élevage des Favier et Guénard a débuté à la génération précédente dans les années trente, c’est Michel Collaud lui-même qui a démarré le sien lorsqu’en accord avec son fils il a diminué le nombre de bovins sur son exploitation. Le dressage, ils y sont venus plutôt par hasard.

Dans les années 70, le développement des sports équestres incite les Favier à sortir leurs produits en compétition d’obstacles. Utilisant systématiquement des étalons du haras d’Annecy, l’élevage se fait vite remarquer, jusqu’en Normandie, notamment grâce au croisement avec l’étalon pur-sang KACOLET. Une fille de KAKOLET, ILE DE BEAUTE, ombrageuse, produira PRINCE CHARMANT. Celui-ci hérite du modèle important de son père KAKI IV, et du mauvais caractère de sa mère ! trop difficile, il passera de main en main avant d’arriver à 7 ans chez Dominique d’Esmé et de briller en Grand Prix.

Son demi-frère ULTIMAT , fils de NOTION II, au caractère beaucoup plus agréable, fut réservé à 6 jours par le marchand normand Jean-Claude Daguet. Dominique d’Esmé l’acheta ensuite. Il fit donc toute sa carrière sous la même selle. Pierre Favier reste pourtant réservé sur l’avenir de son élevage en dressage. Il souhaiterait que la sélection des étalons soit plus draconienne, basée aussi sur la descendance. Le directeur d’Anneçy, Luc de Montal, va dans ce sens en établissant pour le classement des concours de 3 ans des critères plus objectifs que le simple « modèle ».

Michel Guénard s’intéresse aussi à cette grille de pointage et y apporte sa contribution, réfléchissant sur le modèle et l’aptitude de ses produits au dressage. Ayant une souche très près du sang, il choisit des étalons massifs, sans trop de courant de sang direct. C’est aussi J-C Daguet qui lui achète ULYSSE GRANDCHAMP , qui s’illustre en dressage pour l’écurie de Pamfou . La collaboration avec cette écurie continue avec ARAMIS GC et BILL DE GC , frères utérins du premier. D’autres produits s’illustrent, tels BIBX GC, exporté aux Etats Unis, DIANE GC et EL GC, finalistes à Fontainebleau.

Michel Collaud, lui, a déjà fourni quatorze de ses produits à la Garde Républicaine. UTOPIAN DU RABUTIN s’est illustré dans les trois disciplines olympiques, CAID DU R. est devenu le cheval attitré du colonel de La Porte du Theil. Dans le quadrille de la Garde, Serge Cornut monte DIAMANT DU R., et a monté AMIRAL DU R. en cycle classique. Certains produits réussissent à l’exportation, et J.C. Daguet a ici aussi acheté un cheval, DAGUET DU R., qui entré à son tour dans le piquet de D. D’Esmé a terminé 5è et excellent de la finale des cinq ans à Fontainebleau.

VARAHIM DU RABUTIN saillie par GAUGUIN DE LULLY, FILLE GRANDCHAMP saillie par CABARET, un fils de COR DE LA BRYERE (père de CORLANDUS), DIANE GRAND CHAMP par ROHDIAMANT (lignée de AHLERICH et REMBRANDT)…les éleveurs essaient de voir si cela vaut le coup de jouer la filière dressage, mais ils restent très méfiants.Eux aussi pensent qu’avant tout, « un Selle-Français, il faut que ça saute ». D’ailleurs un cheval qui ne saute pas est souvent tout aussi inapte au dressage, comme le souligne Dominique d’Esmé.

Le souci majeur de ces éleveurs reste l’accès au marché : Aujourd’hui les cavaliers veulent un cheval prêt à l’utilisation, et le recours aux professionnels est indispensable pour valoriser la production. Or il est impossible aux éleveurs de payer des pensions pour tous les chevaux, et certains sont encore au pré à 4 ans. Peu de chances alors de trouver un acheteur, malgré tous les soins apportés à faire naître et élever. Pourtant la demande existe, mais le marché est tellement dominé par le saut d’obstacle que pour un cheval de dressage vendu, trente iront vers l’obstacle.

Une domination écrasante de l’obstacle, pas d’informations pour orienter les croisements, en particulier sur les souches maternelles, une commercialisation difficile et inorganisée (Michel Mouré est le seul à organiser en France une vente de jeunes chevaux « dressage »), nous somme loin des allemands et des hollandais, très organisés avec de nombreux rassemblements et un suivi commercial exemplaire (brochures, vidéos, relances…). Le défi est à relever par les nouveaux éleveurs spécialisés sur ce créneau, car il est bien dommage de se priver d’un potentiel existant sur notre terroir.