Alain James, le voyageur affranchi (3/3)
jeudi 25 février 2021

Alain James
Alain James © Arnaud Boudon

a simplicité et son humour n’ont d’égale que sa liberté de penser. Car s’il fallait ne retenir qu’une chose à propos d’Alain James, c’est bien cette indépendance d’esprit, cette liberté de ton qui lui a parfois valu quelques remontrances de l’administration mais aussi beaucoup d’admiration et de respect de la part de ses pairs. Parmi les derniers à avoir porté l’uniforme rouge et noir des Haras nationaux, lui a toujours préféré un bon jean et une veste décontractée, faisant fi du protocole. Aujourd’hui Président de l’Association Nationale Anglo-Arabe (ANAA) et de la Confédération Internationale de l’Anglo-Arabe (CIAA), il est l’un des artisans de ce qu’est le monde de l’élevage français contemporain.

L'Eperon vous faisait découvrir les débuts d'Alain James au sein des Haras Nationaux et son implication dans la création du Mondial du Lion (à lire ici) puis ses histoires rocambolesques lors de l'acquisition d'étalons (à lire ici). Découvrez dès à présent le troisième et dernier volet de cette saga. 

Une pré-retraite active

En 2009, changement de cap, Alain James devient Directeur Territorial Occitanie, avec sous sa houlette Pompadour, Rodez, et Tarbes, tout en poursuivant ses pérégrinations internationales sur les terrains de complet. Badminton, Burghley, Pau, il vit pleinement sa passion, toujours là au bon moment, « sans faire exprès » admet-il. De quoi emmagasiner pléthore de souvenirs, parfois cocasses comme nous le raconte Laurence Cornaille, directrice du Haras de Pompadour à cette époque. « Il aimait venir monter à cheval » explique-t-elle, « mais il voulait un beau cheval, au cas où quelqu’un le regarderait ! (rires) Et il adorait les chevaux qui changeaient de pied, c’était son plaisir. » Ses fonctions de juge international lui valent aussi quelques péripéties. Badminton (où il fut le premier français), Burghley, Blenheim, presque tous l’invitèrent. Seul Lexington manque à son ‘palmarès’, la faute à une maladie. « Un jour je ne me sentais pas bien et après des examens, on m’a diagnostiqué la maladie de Berger, une maladie auto-immune où le corps se met à détruire les organes. » Il devait officier aux JO de Londres mais suite à une légère mésentente avec la FEI et l’une de ses responsables, il est écarté. Cette dernière voulut même l’évincer des JEM 2014 mais Michel Asseray et Thierry Touzaint l’imposèrent. 

Passage de flambeau

2012 sonna l’heure de la retraire, sans regret, juste après que les Haras nationaux abandonnèrent l’étalonnage, et fusionnèrent pour former l’IFCE. Mais le cheval ne le lâcha pas. Membre du conseil d’administration et conseiller technique de l’ANAA, il a contribué au développement de la CIAA (Confédération Internationale de l’Anglo-Arabe) qui réunit 14 pays producteurs d’Anglo-arabes. Un malheureux hasard fit que le président de l’ANAA, Jean-Marie Bernachot, décéda subitement (lire ici). Le conseil d’administration sollicita Alain pour reprendre le flambeau (lire ici). « Même si je ne l’avais pas prévu, mon amour pour la race et mon expérience au sein des Haras me donnaient les clés pour redresser une situation assez difficile au sein de l’association ».

Après un état des lieux, il mobilisa autour de lui afin de sauver l’ANAA : création d’un club de partenaires, d’un fonds participatif, diminution des dépenses...aujourd’hui, les dettes sont épongées et la situation globale du stud-book est saine. L’heure est à la relance de la race, passée de 2000 à 700 naissances en quelques années (dont 250 en courses, contre 7000 en Selle Français). Avec 25 % de participants supplémentaires en concours d’élevage en 2020, les voyants sont au vert. « Nous avons commencé par soutenir la race pure qui s’éteignait avec des aides » explique-t-il. « Maintenant, nous allons mettre en place des aides au transfert d’embryons, à la congélation des jeunes étalons, à la commercialisation et la valorisation. Le but est de stopper l’hémorragie, et de passer à la vitesse supérieure ». Avec moins de 1000 poulains par an, l’Anglo-arabe parvient à fournir des médaillés chaque année. « Dans 20 ans, vous verrez si nous avons réussi...donc à 95 ans, qui sait quel autre challenge je relèverai ! ». Dédié à sa filière, il s’affranchit des critiques et bénéficie de solides soutiens. « Il a vraiment redressé la barre avec son équipe, et il y avait peu de candidats pour le faire » admet Laurence Cornaille. 

Anglo un jour, anglo toujours…

Près de 50 ans après ses débuts professionnels, Alain James se retrouve ainsi aux rênes de la race emblématique du Sud-Ouest. « L’Anglo de l’époque était très différent des autres races de sport » explique-t-il. « J’ai appris à aimer cette race, on ne montait que ça de toute façon. » Au Lion d’Angers, le Bordelais était un peu regardé de travers, entre son accent et son amour immodéré pour la race. « A Villeneuve-sur-Lot, c’est devenu un challenge, je voulais que les Anglos soient autant valorisés que les autres. L’Anglo est une histoire de passion, comme beaucoup de choses de notre région. » Qui dit passion, dit difficulté à trouver une unité notamment dans le choix des actions à mener. « Il est parfait dans son rôle de président de stud-book » admet Jean-Yves Camenen, « associant son passé réglementaire, régalien, et cette ouverture d’esprit. Ce n’était pas simple de reprendre ce poste derrière une personnalité comme Jean-Marie Bernachot avec qui il était ami. La preuve, on parle plus des Anglos qu’il y a trois ans ». La preuve que la passion n’est pas totalement incompatible avec l’ouverture d’esprit. Sans doute le Bordelais saura faire cela avec élégance et humour, comme il a su le faire depuis cinquante ans, depuis son fief de Senac, au cœur du pays tarbais.