Diego de Blondel, la belle histoire née chez Michel et Eliane Ruel
mercredi 05 mai 2021

Diego de Blondel
Diego de Blondel © Sportsenphotos

Loin des projecteurs, le fils du regretté Vigo Cécé avance pas à pas dans une carrière ô combien prudente. Protégé d’Elodie et Stéphane Dufour, l’étalon bai, bien que peu sollicité par les éleveurs, possède pourtant toutes les qualités d’un père. Force, tissus, et surtout une génétique cinq étoiles, Diego de Blondel représente aussi une très belle histoire d’amitié entre ses naisseurs et ses propriétaires.

L’émotion n’est jamais très loin lorsque l’on évoque Diego devant Elodie et Stéphane. Et pour cause. Son histoire singulière remue force souvenirs, depuis leur première rencontre avec Michel Ruel. « A l’époque, en 1999, nous étions installés dans la région de Fontainebleau » raconte Stéphane, « des clients nous ont incité à aller voir des chevaux chez lui ». A ce moment-là, le couple ne voulait surtout pas entendre parler d’élevage. Ils achètent alors quelques chevaux pour leurs propriétaires ou faire du commerce et reviennent chaque année. « Michel répétait toujours ‘venez en Normandie ! J’aimerais travailler avec vous’. Un jour, j’ai vendu l’un de mes chevaux de grand prix et nous avons compris que les bons chevaux naissaient en Normandie. » C’est ainsi qu’ils s’installent dans la Manche, à Ravenoville, non loin de Ste Mère Eglise. 

Les familles Dufour et Ruel entament leur collaboration avec la génération des ‘O’ : Onde Champeix, Olympic Champeix, Ophélie de Blondel, sortis à quatre ans sur le circuit SHF. Le partenariat dure près de dix ans, Surprise de Blondel clôturant une décennie de travail mais aussi d’amitié avec la belle 4ème place de cette fille de Kassidi, SF et Olympic Champeix, SF dans le Championnat SHF des 6 ans. Entre temps, Michel Ruel est devenu le témoin de mariage de Stéphane. « Nous avons été très proches » avoue Elodie. « En plaisantant, il nous disait toujours ‘vous vivez dans le pêché, en Normandie, il faut se marier !’ ». Malheureusement, la maladie rattrape l’éleveur. Toutefois, avant de disparaître, celui qui fut jusqu’à l’an passé parmi les trois meilleurs éleveurs de France, leur fit part de l’une de ses dernières volontés. « Il voulait qu’on achète Diego foal » raconte Stéphane. « c’est l’un des derniers poulains qu’il a vu avant de mourir. Il voulait qu’il devienne notre cheval, qu’on en fasse notre étalon. Sur la fin de sa vie, il se souciait de ce qu’allait devenir son élevage. » Diego n’était pas totalement un inconnu, puisqu’il avait monté sa mère, Mapierre de Blondel, SF (Dollar dela Pierre, SF) et Vigo Cécé, SF (Quaprice Boimargot, Holst) et les adorait. « Mapierre était vraiment guerrière, très volontaire » témoigne Stéphane. Jeune, elle avait été accidentée au pré suite à un incident avec des vaches. Hanche coulée, boulet fracturé...elle fut la seule des trois juments touchées à sortir en concours. « Elle n’était pas à 100 % mais son mental lui a permis d’obtenir malgré tout un petit indice ».

Prendre son temps

Ce mental, elle l’a transmis à son fils, Diego de Blondel. Débourré à deux ans et demi, il fut présenté au concours étalons SF à 3 ans. « Il avait quelque chose en plus » admet Stéphane. « Il était à construire, sensible, un peu introverti ». Très bien noté lors du testage (18 en locomotion, moyens & trajectoire, style, et impression d’ensemble), il fut fort apprécié par le collège de cavaliers experts du stud-book SF. Qualifié à 4 puis 5 ans pour la finale de Fontainebleau, il passe un cap à 7 ans sur le circuit Top 7. Formé sans précipitation, le bai au tissu assez remarquable ne laisse pas indifférent. « On nous l’a toujours demandé depuis qu’il sort en épreuves » dit Elodie. « Il n’a pas forcément performé car nous n’avons jamais vraiment visé les résultats. Il a d’ailleurs été souvent critiqué pour ça, les gens doutaient. Mais les professionnels l’ont toujours réclamé ». Pourtant, le couple résiste à la tentation de le vendre. « Nous voulions le construire » explique Stéphane. « Avec l’histoire vécue avec Michel Ruel, nous n’avons jamais été pressés de nous en séparer.  Nous voulions voir jusqu’où il pouvait aller. » A ce titre, discrètement, les néo-normands se sont rapprochés d’un autre cavalier français. « Pour des personnes comme nous, les portes du haut niveau sont fermées » admet Elodie. « Si on n’a pas plusieurs chevaux de haut niveau et des mécènes avec soi, c’est impossible. Nous avons donc décidé de passer la main ». De l’avis de professionnels connaissant bien le cheval, Diego possède un réel potentiel. Et c’est vers le nordiste Nicolas Delmotte qu’ils se sont tournés. « Stéphane est venu un jour travailler à la maison et j’ai monté le cheval » raconte le membre de l’équipe de France. « Diego montre beaucoup de qualité et de moyens, il est souple, très respectueux et c’est d’ailleurs avec ce type de chevaux qu’il faut prendre son temps. Stéphane le monte et le forme très bien. Je pense que le cheval est fait pour le grand sport » témoigne-t-il. 

Une production encourageante

Bien que n’ayant encore que peu de produits (les plus âgés ayant 3 ans cette année), Diego de Blondel semble transmettre certaines qualités. « Ils sont très plaisants, et présentent les qualités de leur père, beaux, avec une bonne locomotion, une production homogène dans l’ensemble ». Les premiers produits évolueront en 4 ans l’an prochain, mais déjà deux 3 ans patientent dans leurs boxes. « Des éleveurs manchois lui ont fait confiance et y retournent, comme Étienne Poisson (naisseur de Quabri de l’Isle, SF) qui l’utilise chaque saison » raconte Stéphane. Distribué uniquement en semence congelée, il n’a pas autant sailli que d’autres sires normands...mais il semblerait que le travail commence à porter ses fruits, notamment avec l’aide de Claire Bresson (Haras de Gravelotte) qui assure la commercialisation du fils de Vigo Cécé.

Objectif Paris 2024 ?

En attendant de voir ses fils et filles évoluer sur les pistes, Diego a participé à son premier vrai grand prix 1,40m « parmi les vieux » le 2 mai au Pôle international du Cheval de Deauville, un parcours sanctionné par un petit point de temps dépassé, mais exécuté avec facilité et dans la décontraction, un motif de satisfaction pour ses propriétaires. « Tout le travail est effectué en concertation avec Nicolas. Nous lui envoyons les vidéos, nous l’emmenons chez lui pour travailler » explique Elodie. L’idée de conserver l’étalon et de passer du statut de formateur à propriétaire d’un cheval de haut niveau… ? Ils n’osent évoquer l’idée, mais cela ne leur déplairait pas. Avec toujours en tête l’envie que ce cheval né d’une amitié indéfectible puisse rendre hommage aussi longtemps que possible à son naisseur qui aurait été sans doute fier du chemin parcouru. En attendant, ils poursuivent l’oeuvre de Michel et Eliane Ruel côté élevage puisqu’ils ont acquis l’an passé la sœur utérine de Diego, Klaidy de Blondel, fille du recherché Mylord Carthago. L’histoire des « Blondel » continue donc de s’écrire dans les prairies manchoises.