Disparition de Michel Pélissier, à la source de la passion
jeudi 11 février 2021

Michel Pélissier
Michel Pélissier © F. Chéhu

Tant dans le sport que dans l'élevage, Michel Pélissier laisse une empreinte à son image, forte et discrète à la fois. Cavalier émérite - il fut Champion de France de saut d'obstacles -, il excella également en tant qu'éleveur avec notamment les étalons I Love You et Alligator Fontaine. Avec lui, c'est une page entière de l'histoire équestre française qui disparaît.

Couronné champion de France le 12 octobre 1965 (le même jour qu'une certaine Janou Lefebvre) associé à Mirage de Paulstra (Royal Nostra, né chez Robert Gaudichau-Paulsen), Michel Pélissier est tombé dans la 'marmite' équestre dès la naissance. Son père était en effet commandant de cavalerie, officier du 2e Hussard, et œuvra à l'achat des chevaux de remonte pour l'armée dans le Sud-Ouest avant de transmettre son savoir à toute une génération de cavaliers devenus depuis eux-mêmes des athlètes et enseignants reconnus. Né à Tarbes le 16 mars 1927, cousin d'Emeric Couperie (père notamment d'Edouard et Virginie), Michel Pélissier vécut l'essentiel de sa carrière de cavalier puis d'éleveur dans l'Orne, l'autre pays du cheval, dans son Haras de la Fontaine, à Gemages, sur la petite commune de Val au Perche, aux portes de Nogent-Le-Rotrou.

Après des débuts en courses, Michel Pélissier s'est rapidement forgé une solide réputation de formateur de jeunes chevaux avec à la clé plusieurs titres obtenus dans le Grand Critérium des 6 ans. Il monta de nombreux très bons chevaux, notamment Bobinette et Mademoiselle (toutes deux par Camarade II), nées chez Jacques Bastin Lavauzelle, ainsi que Sahkar (Nykio), né chez Jacqueline Luchaire et vainqueur du Grand Prix de La Haye. Victime d'un grave accident de la route en 1975, il ralentit la cadence, s'appuyant quelques années (douze tout de même) sur son neveu Hervé Triaud. Mais cela ne l'empêcha nullement de poursuivre sa passion...jusqu'à l'âge canonique de 85 ans, soit en 2012. Mais monter ne constituait pas sa seule passion. L'élevage tenait une place prépondérante, et c'est d'ailleurs son oeil que beaucoup sollicitaient pour son acuité. Sa "mémoire n'avait d'égale que sa grande jovialité et son immense courtoisie" écrivaient nos collègues en parlant de lui dans un article publié dans le magazine L'Eperon en septembre 2014.

Parmi ses nombreux poulains figurent deux étalons au parcours exceptionnel. D'abord I Love You (Almé), le bien nommé, né en 1974 et disparu en 2004. Finaliste à 5 ans (11ème) puis à 6 ans (10ème), Champion de France des cavalières avec Catherine Bonnafous, ISO 155 en 1981, il fit la monte dès son année de 7 ans mais fut exporté l'année suivante aux Etats-Unis pour la somme record (à l'époque) de 4,5 millions de francs (près de 700'000 euros). Elu Cheval de l'Année 1983, il fut le premier étalon Champion du Monde, et remporta notamment le Grand Prix de Calgary et la finale Coupe du Monde 1983. Réimporté en 1987, il fut syndiqué et installé au Haras de Brullemail où il assura la monte jusqu'en 2002 (lire ici).

Ensuite, Alligator Fontaine. Disparu en 2018 à l'âge de 30 ans (lui-aussi !), le beau bai réalisa une carrière exemplaire. Successivement monté par Michel Robert, Eric Navet, puis Pénélope Leprévost, il termina à 16 ans sous la selle de la fille de Michel, Sophie Pélissier-Coutureau. C'est avec le normand Eric Navet qu'il obtint ses meilleurs classements, remportant le Championnat de France 1999 ainsi que les Derby de La Baule et Aix-la-Chapelle. Fils de Noren (ex Gayssire Fleury) élu Cheval de l'Année 1984 aux Etats-Unis, Alligator Fontaine était le fils d'une sœur utérine d'I Love You...la boucle était bouclée ! Outre être un crack sur les terrains, Alligator Fontaine laisse une belle descendance parmi laquelle on note Jalisca Solier et Otello du Soleil. Syndiqué, il fit les belles heures du Haras de Brullemail de Bernard Le Courtois (lire ici).

Outre un cavalier et un éleveur, Michel Pélissier était avant tout un passionné qui ne fut jamais avare de son immense connaissance des chevaux, qu’il partagea maintes fois avec notre rédaction et pour laquelle nous ne le remercierons jamais assez. Toute l’équipe de L'Eperon adresse à Sophie Pélissier-Coutureau, sa fille, et à l'ensemble de ses proches ses plus sincères et chaleureuses pensées.