L’Élevage du Chatellier, sur les traces de Citadin
mardi 04 mai 2021

David et Jean-Louis Lemasle
Ulane du Chatelier, la mère de Citadin, entourée de ses naisseurs David et Jean-Louis Lemasle © Eugénie Perrin

Naisseur de Citadin du Chatellier, l’une des étoiles montantes de Nicolas Delmotte, David Lemasle est à la tête de l’élevage du Chatellier. Cet homme discret, éleveur motivé, affiche un point de vue affirmé sur l’élevage actuel. Installé dans le Sud-Manche, à Saint-Jean-de-la-Haize, David Lemasle se considère comme étant« un éleveur à l’ancienne ». En effet, il conjugue efficacement son métier d’agriculteur à celui d’éleveur de chevaux de sport sur une exploitation agricole où se côtoient 140 bêtes et environ 25 chevaux.

Une passion familiale

La passion dévorante de l’élevage de chevaux de sport a constamment animé David Lemasle. Il se souvient avec nostalgie avoir toujours été attiré durant son enfance par les origines et le jugement des modèles et allures. Il doit cette passion à son père Jean-Louis, et son grand-père Marcel. Si David a débuté son élevage sous l’affixe du Chatellier il y a plus d’une dizaine d’années, il s’agit en fait de l’aboutissement de longues années de sélection et d’une histoire assez singulière. En 1978, son grand-père Marcel fit naître deux pouliches jumelles, Madura et Meduna, SF (Amarpour, PS x Fulminant, DS).  Ces deux jumelles, qui ont par miracle survécu, sont à l’origine de l’élevage du Chatellier, et constituent la souche basse du fameux Citadin du Chatellier, SF (L’Arc de Triomphe, Old). A l’époque, Madura avait produit Fatima des Monts, SF (Narcos II, SF). L’une de ses filles, Marquise des Monts, SF (Obéron du Moulin, SF), fut la première jument de David avec laquelle il a commencé à élever. Il la fit saillir par le champion du monde Diamant de Semilly, SF (Le Tot de Semilly, SF). « Quand tout le monde allait à Concorde, KWPN ou Voltaire, Han, nous sommes allés à Diamant. » C’est ainsi qu’est née Ulane du Chatellier, SF (Diamant de Semilly, SF), qui est aujourd’hui la poulinière phare de l’élevage. David avait choisi de croiser Ulane dès l’âge de 3 ans et avait sélectionné pour elle l’étalon L’Arc de Triomphe, Old (Landor S, Old).« Pour saillir des juments de 3 ans j’essaie de choisir un étalon confirmé pour voir comment elle produit. L’Arc de Triomphe n’était pas mal, et on savait ce qu’il ramenait : le galop, les allures, des moyens, il fallait juste faire attention à la tête. » C’est de ce croisement qu’est né le crack Citadin du Chatellier.

Dans le but d’améliorer ses croisements et sa sélection, David n’hésite pas non plus à faire confiance à des jeunes étalons.« Je regarde ce qui se fait chez les autres. Notre boulot en tant qu’éleveurs de chevaux de sport c’est aussi de suivre l’évolution du marché actuel. » Pour autant, il s’interroge sur un marché des paillettes qui flambe, et il s’attache à croiser ses juments de manière raisonnée. « Je pense qu’il faut faire attention au papier glacé. Aujourd’hui quand je m’intéresse à un étalon, je regarde le nombre de paillettes. En tant qu’éleveur je ne cautionne pas les étalonniers qui vendent à la paillette, et je n’y vais pas. Pour moi il y a aussi beaucoup de jeunes étalons qui sont loupés à cause du prix de saillie. » 

Citadin vers le haut niveau

Sa persévérance fut notamment récompensée en 2019 lorsqu’il a vu Citadin dominer le classement des meilleurs chevaux de 7 ans. Il avait été vendu à l’âge de 3 ans et n’était pas sorti dans son année de 4 ans. Il avait été confié à Pierre Gautherat pour le circuit des 5 ans, avec qui il a réalisé 15 sans-fautes sur 18 parcours. A l’âge de 6 ans, sous la selle de son nouveau propriétaire Laurent Guillet, il obtint un indice de 142 et cumula plus de 4 700 € de gains, le plaçant en tête du classement des meilleurs chevaux de sa génération par les gains. Déjà très remarqué durant ses deux premières années de concours, c’est à l’âge de 7 ans qu’il rejoignit l’écurie de Nicolas Delmotte, avec lequel il s’est illustré à chacune de ses sorties. Ils se sont notamment imposés dans les CSI de Deauville, Mons, Saint-Gall, Gorla Minore, Saint-Tropez, Bourg-en-Bresse, Maubeuge… pour ne citer que ces prestigieuses pistes. Toutes ces performances lui ont permis d’obtenir en 2019 un ISO 159 à l’âge de 7 ans, avec presque 15 000 € de gains. Bien que classé tous les ans parmi les meilleurs de sa génération, Citadin n’a jamais participé à une Grande Semaine de Fontainebleau, afin de le préserver. Un choix visiblement judicieux puisqu’il ne cesse de démontrer toute l’étendue de son talent. En 2020 et plus récemment en 2021, il continue sa progression, toujours avec la complicité de Nicolas Delmotte, se classant régulièrement, et étant même victorieux, jusque dans des épreuves de CSI3* à 1,45m. Nicolas Delmotte ne tarit d’ailleurs pas d’éloges sur ce cheval en qui il croit énormément. « Citadin est un cheval très intelligent, respectueux, guerrier. Il a une excellente technique de saut. C’est un cheval qui est vite naturellement et qui peut gagner tout le temps, ce dont nous avons besoin aujourd’hui pour le sport moderne. » Aujourd’hui, il appartient à Marie-Claudine Morlion et Francis Decourriere. Nicolas Delmotte avait convenu, avec Laurent Guillet, de revendre Citadin à des propriétaires, afin d’envisager l’avenir sportif sereinement.« Il est aujourd’hui très compétitif sur les Grands Prix 2*, mon objectif est de continuer à le faire progresser et de l’emmener sur des Grands Prix 3* en 2021. » Nul doute que le couple ne cessera dans les mois et années à venir d’étoffer son palmarès.

Le transfert d’embryons pour assurer la relève

Il est à noter que parallèlement à la souche de Citadin, David Lemasle est également le naisseur d’autres très bons chevaux, à l’instar d’Anaba Haize, OC (Ravage de Mars, SF x C-Indoctro II, Holst). Cette jument pleine de sang a été vendue à l’âge de 3 ans. Elle a d’abord fait ses armes à 4 ans avec Mathieu et Julien Bellet, des voisins et amis avec qui David travaille en étroite collaboration, puis avec Jean-Yves Legate à l’âge de 5 ans. A 6 ans, elle est passée sous la selle de Paul Estermann, avec qui elle a obtenu un ISO de 145 à l’âge de 8 ans, et un ISO de 164 à 9 ans, alignant des performances jusqu’en Grand Prix 1,55m. Anaba continue aujourd’hui sa carrière sous la selle du cavalier suisse Bryan Balsiger.

Depuis l’âge de ses 3 ans, Ulane, la mère de Citadin, a donné naissance successivement à 9 produits, dont 8 mâles et une femelle. Cette seule femelle est malheureusement morte à l’âge d’un an. Néanmoins, tous ses autres produits en âge de concourir se sont illustrés avec succès sur les terrains en France et à l’étranger. Parmi eux, Estai du Chatellier, SF (Kannan, KWPN), qui a participé avec brio à la finale des 5 ans des Championnats du Monde à Lanaken, et Gumss du Chatellier, SF (Vigo d’Arsouilles, Bwp), vendu à la vente Fences Elite à 3 ans, et qui a ensuite fait sensation dans les épreuves réservées aux chevaux de 4 ans sous la selle de Grégoire Hercelin.

La saison dernière, David a privilégié les transferts d’embryon pour Ulane en utilisant les étalons Conquistador, Bwp (Clinton, Holst) et L’Arc de Triomphe, Old. « Je fais du transfert avec Ulane car je veux optimiser mes chances d’avoir un jour une femelle. J’ai d’abord choisi Conquistador car je suis persuadé qu’il produit très bien avec des juments françaises. Pour L’Arc, je réalise la chance que j’ai aujourd’hui qu’Ulane et lui soient toujours vivants, je vais donc pouvoir faire le même croisement que Citadin, dix ans après. » C’est dans cette dynamique que David a eu la chance d’obtenir ces deux embryons. L’éleveur est ainsi bien lancé pour voir naître un jour la propre sœur de Citadin, et assurer ainsi la relève à l’élevage d’ici quelques années.