Mathieu Bourdon sonne la réussite de l’élevage du Tertre
jeudi 13 août 2020

Mathieu Bourdon et Playboy du Tertre Master Pro Elite 2018
Mathieu Bourdon et Playboy du Tertre © Béatrice Fletcher

Révélé par la petite star Play Boy du Tertre, l’avènement de Mathieu Bourdon se poursuit avec Bigouden du Tertre. Cette dernière pourrait d’ailleurs l’emmener vers des sommets inespérés. Rencontre avec le jeune Breton qui mise sur un modèle économique à part afin de réaliser ses rêves.

L’Eperon : Fils d’un cavalier, vous êtes-vous toujours destiné à l’équitation ? 

Mathieu Bourdon : J’ai commencé la compétition très jeune mais je n’étais pas totalement impliqué. J’ai vraiment commencé avec Play Boy. Nous avons débuté ensemble, c’est avec lui que j’ai fait mes premières 1,30 m. C’est d’ailleurs à ce moment que je me suis dit : « Il va falloir que tu fasses quelque chose dans ta vie. » J’avais 16 ans, l’équitation me plaisait mais je ne m’étais jamais demandé si je voulais en faire mon métier. Une fois la question posée ça m’est apparue comme une évidence.

Une fois décidé, vous êtes parti à l’étranger afin d’apprendre d’autres méthodes !

En 2010, j’ai fait une saison chez Cian O’Connor. J’étais parti en tant que cavalier et finalement je me suis retrouvé à groomer. À cette époque mon père avait Nouméa Deux qu’il voulait vendre, il ne s’entendait plus avec donc j’ai décidé de rentrer pour l’aider. Avec elle, en 2011, je me suis retrouvé en trois semaines sur 1,50 m alors que je n’avais jamais fait de 1,40 m. Après ça je suis reparti à l’étranger. Cette fois-ci chez Christian Ahlmann. C’était difficile mais génial. C’est une super famille qui a le cœur sur la main. Je travaillais beaucoup avec son père qui n’est pas un tendre mais je connais cela. Ça pouvait être d’autant plus compliqué car il ne parlait pas anglais et moi pas allemand mais on parvenait à se comprendre. Je m’occupais principalement des débourrages des chevaux de 3 et 4 ans et de l’élevage. Cela a été une super expérience !

De retour, vous avez trouvé une place dans l’écurie familiale. 

Je suis rentré de ce séjour en 2013 et c’est là que j’ai commencé à travailler avec mon père qui montait alors en Grand Prix Kassandre Erger et Play Boy. Il m’a donné l’opportunité de prouver ce dont j’étais capable en me confiant sa jument. Avec elle, j’ai fait une saison sur le circuit du Grand National où j’ai été repéré par Thierry Pomel, sélectionneur des Jeunes Cavaliers à l’époque, qui m’a sélectionné pour des Coupes des nations. En 2015, mon père qui a des problèmes aux adducteurs a dû se faire opérer. À partir de ce moment je suis devenu le cavalier de l’écurie. Être tout seul, c’est ce qui m’a permis de progresser et d’avancer. Le malheur de mon père a fait mon bonheur. Aujourd’hui on travaille à nouveau tous les deux et heureusement qu’il est là pour me remettre dans le droit chemin. Ma mère est également très importante dans ma carrière car c’est elle qui me fait travailler sur le dressage. 

Play Boy, pourtant en grande forme est parti à la retraite récemment. Une décision difficile à prendre ? 

Je l’ai amené à Vilamoura en début d’année, il a gagné la première ranking et il est classé dans le Grand Prix. À la suite de cela je voulais lui offrir une pause. Je n’avais pas envie de tirer sur la corde et que ça soit le corps qui dise stop. Mais finalement, avec la Covid-19, on ne savait pas quand les concours reprendraient et donc nous avons décidé de le mettre à la retraite. La transition s’est faite en cinq semaines et maintenant il est au champ à l’élevage avec les 1 an. 

Championne de France des 7 ans, et dernièrement gagnante d’un Grand Prix 3*,  Bigouden semble prendre la relève. Avez-vous toujours su qu’elle deviendrait la numéro un ?

Comme on le dit souvent avec mon père : « Un bon cheval ce n’est pas un cheval haut, c’est un cheval qui a envie de sauter. » Avec Bigouden c’est exactement ça. Elle ne fait jamais le show, en revanche si elle en est capable, elle va être sans faute. Elle me surprend de jour en jour, je ne connais pas ses limites. Je ne pensais même pas faire des épreuves à 1,50 m avec elle et elle a gagné facilement le Grand Prix de Vilamoura. C’est ce qu’on cherche dans l’élevage, élever des chevaux qui ont plaisir de faire ce qu’ils font. Avec elle et Atina du Tertre j’aimerais bien faire des CSI 5* et des Coupes des nations. Mais, elles sont encore jeunes, on va y aller tranquillement. 

« Nos chevaux sont nos bébés »

Avant d’être cavaliers, avec votre père vous êtes éleveurs ? 

Pour faire du haut niveau beaucoup de cavaliers ont des mécènes. Je n’ai jamais eu la chance d’en avoir. Mon grand-père maternel faisait déjà de l’élevage. L’élevage du Tertre, c’est lui. Mais il y a 25 ans, mon père a totalement changé les souches. Tout a débuté avec Bella des Cresles qui est la même souche que Diamant de Semilly. Il a décidé de mettre Le Tot de Semilly dessus pour faire le même croisement et ça a donné Korto Maltese et Keepcool. Cette dernière nous a produit Play Boy et beaucoup de bons chevaux. 
Bigouden en revanche était un coup de poker. Sa maman, Gardene du Plessis est une Soir d’Avril V avec une mère trotteuse. C’était la jument de la famille. J’ai fait 1,25 m avec elle, mais elle ne pouvait pas faire beaucoup plus. En revanche, c’est une jument qui pouvait tout gagner, elle était inarrêtable. À ce moment, on avait Putch des Isles qu’on a décidé de mettre dessus et ça a donné Bigouden. On a des mères qui ont beaucoup de sang mais pas beaucoup de force. Il nous suffit de trouver des étalons qui n’ont pas beaucoup de sang mais beaucoup de force.  

Comment fonctionnez-vous économiquement ? 

Nous essayons de garder les chevaux le plus longtemps possible mais on a aussi besoin de manger. Quand il faut les vendre, on doit les laisser partir mais c’est souvent à contre cœur. Bigouden a été vendue à 3 ans avec Baccarat à un propriétaire mais j’ai la chance qu’il me fasse confiance à 200%. Économiquement parlant, on lui avait dit qu’il serait bien d’en vendre une à 5 ans et l’autre plus tard. On a très bien vendu Baccarat à Marie Pellegrin. Elle est ravie de la jument. Et finalement, mon propriétaire a gardé Bigouden. 

Fontainebleau est un excellent moyen pour valoriser les chevaux. Pensez-vous qu’il soit nécessaire d’y aller cette année malgré le fait qu’il n’y ait pour le moment aucun gain ?

C’est compliqué, mais si nous avons des chevaux à vendre on les emmènera et certainement pas les autres. C’est important d’être présent à la Grande Semaine car ça fait parler de notre élevage. Ce n’est pas en restant enfermé chez soi que l’on avance. 

N’avez-vous pas l’impression de vous enfermer un peu en ne montant quasiment que des chevaux de votre élevage ?

J’ai pas mal de propriétaires qui ont envie de m’acheter des chevaux mais c’est compliqué d’aller chez des marchands et de faire confiance. S’ils veulent m’acheter des chevaux, je préfère qu’ils achètent les miens car je sais ce qu’ils valent. Ils sont tous bien dans leur tête. Dès la naissance, je les manipule. Mon père va les voir tous les jours au champ et s’il y en a qui est un peu plus sauvage il revient un mois à la maison. On essaie de les rendre vraiment proches de l’homme. On fait un pré-débourrage à 2 ans, comme ça à 3 ans ils sont vraiment prêts. Nous sommes vraiment amoureux de nos chevaux, ce sont nos bébés. Et c’est un gros avantage de les connaître depuis leur naissance. 
J’ai tout de même d’autres chevaux : je monte dans les 7 ans Dynastie Lili. Je suis hyper ouvert mais si je ne faisais pas d’élevage je n’aurais pas de chevaux. J’arrive à avoir d’autres chevaux car je fais une bonne pub avec les miens. Je pense m’être fait une renommée grâce à mon élevage mais je n’aurais jamais réussi à en arriver là sans les du Tertre.

Comment sont répartis les rôles entre votre carrière et l’élevage ?

Pour l’instant, je suis un peu plus aux écuries car il y a beaucoup de travail. Je travaille d’ailleurs avec ma copine qui est ma cavalière. En revanche, dès que mon père a besoin d’un coup de main, l’élevage est à une vingtaine de kilomètres des écuries, je prends ma voiture et je vais l’aider. Niveau croisement, à la base c’était plutôt mon père qui s’en occupait mais maintenant on en discute pas mal. Si je vois un étalon ou un croisement que j’aime bien je lui en parle. Nous sommes repartis sur du Mylord Carthago car j’aime beaucoup Utahmano Alu d’Hugo Breul qui est un Mylord avec une mère trotteuse. Tous les ans ce sont environ 4 à 6 poulains qui naissent. On ne veut pas en faire plus car ça coûte très cher et on veut faire les choses bien.