Mort de Kannan : une page de l’élevage se tourne
vendredi 24 janvier 2020

Kannan
Avec la mort de Kannan, c'est une page de l'histoire de l'élevage de saut d'obstacles qui se tourne © Scoopdyga

Figure incontournable du saut d’obstacles dans les années 2000 sous la selle de Michel Hécart, Kannan (Voltaire x Nimmerdor) est mort ce vendredi 24 janvier, à 28 ans, d’une crise cardiaque. Eloigné depuis de nombreuses années des terrains de concours, le bai au charisme certain a marqué l’élevage et s’est révélé être améliorateur de nombreuses souches grâce notamment à un excellent tempérament qu’il a toujours transmis.

Né chez chez Monsieur et Madame Van de Meer, en Hollande, le KWPN Kannan n’a pas tardé à faire sensation en devenant champion de Belgique à 6 et 7 ans sous la selle de François Mathy Jr. Le cheval arrive chez Guido Bruyninckx dans l’année de ses huit ans mais il est revendu quelques mois plus tard à Alexandrine et Michel Hécart. A l’époque, la transaction défraie la chronique. Kannan était moins connu pour ses performances que pour son prix d’achat très élevé (qui avoisinait les vingt millions de francs, soit l’équivalent de plus de 3,8 millions d’euros, ndlr)”, racontait Alexandrine dans un reportage consacré au Haras de la Roque dans le numéro 382 de l'Eperon. Toutefois, les performances ne tardent pas à arriver : l’année suivante, Michel et Kannan remportent la Coupe des nations de La Baule aux côtés de l’équipe de France. Sa plus belle saison est celle de 2005, où il est champion de France Pro 1 en sautant d’une manière magique, avançait Alexandrine. Le couple participe même aux championnats d’Europe de San Patrignano mais le cheval se blesse entre les deux premières manches et ne reviendra jamais vraiment à son meilleur niveau. “Kannan était un cheval hors norme”, confie Michel. “Nous l’avions acheté pour faire du grand sport. Mais heureusement qu’il était étalon car il avait toujours un petit problème physique (...) Personnellement, j’étais très frustré car on n’a qu’une fois dans sa vie la chance de monter un cheval de cette qualité.”

L’un des meilleurs étalons au monde

L’étalon se consacre alors à 100% à sa carrière de reproducteur qui était déjà bien entamée. “Quand nous l’avons acquis, il faisait trois-cents juments, et ses premiers poulains avaient trois ans, rappelle Alexandrine. Encore novice en matière d’élevage, la famille Hécart a préféré confier sa carrière de reproducteur à Patrice Boureau, rencontré par l’intermédiaire de André et Annick Chenu. Un peu plus tard, le Groupe France Elevage (GFE) en acquiert une partie puis la totalité. Kannan a largement prouvé sa qualité de reproducteur. Voilà dix ans maintenant qu’il fait partie des vingt meilleurs pères de gagnants au classement WBFSH. “Kannan a été très en avance sur son temps, et c’est pour ça qu’il a eu le succès qu’il a eu ! Il a des poulains qui sont nés dans une quarantaine de pays et qui ont gagné en internationaux pour cinquante nationalités différentes. Ca fait dix ans qu’il est dans le Top 20 mondial de tous les classements. Ce sont ses qualités de tempérament, de volonté, de courage et de respect qu’il a transmises de manière hors-norme qui font qu’on retrouve non seulement des champions olympiques et des gagnants de Coupe du monde dans sa descendance, mais aussi des chevaux qui ont fait carrière à un bon niveau avec des cavaliers amateurs. C’est en ça qu’il était très en avance. Il a contribué à améliorer l’élevage dans de nombreux stud-book en transmettant sa bonne tête et son envie de bien faire”, nous confiait ce matin Arnaud Evain, président du GFE. Parmi ses produits, impossible de ne pas citer Nino des Buissonnets, champion olympique à Londres, Quabri de l’Isle, médaillé d’or avec le Brésil aux Jeux Panaméricains l’été dernier, Molly Malone V, troisième de la finale Coupe du Monde de Las Vegas en 2015 avec Bertram Allen, Oh d’Eole, bonne gagnante en CSI 5* avec Michel Robert, Padock du Plessis, membre de l’équipe de France avec Timothee Anciaume. Il y a évidemment eu pléthore de bons gagnants né au Haras de la Roque dont Toupie, Vintadge, Tradition et Uthope, tous compétitifs au plus haut-niveau. 

L’histoire du GFE, intimement liée à celle de Kannan 

“A 28 ans, il avait  déjà largement dépassé les moyennes statistiques de la durée de vie des chevaux. Il avait le coeur d’un cheval de 28 ans et nous le savions. Il était par ailleurs suivi vétérinairement du fait de son âge avancé. Il commençait à avoir les dents trop usées pour s’alimenter également, il avait un régime spécial. On s’attendait à ce qu’il s’éteigne un jour”, livrait ce matin Arnaud Evain. “Il n’en reste pas moins que la nouvelle nous attriste. Sa mort est difficile pour les gens qui s’occupaient de lui au quotidien, et c’est une page qui se tourne pour le monde de l’élevage.” Depuis son lancement en 2002, le GFE a toujours pu compter sur des étalons leaders, qui ont largement aidés la structure à grandir. “Mister Blue, puis Calvaro ont précédé Kannan. Il nous a accompagné pendant dix ans et nous a permis de nous développer et nous positionner où l’on est aujourdhui. Il est à lui seul une partie de notre histoire”, concluait avec émotion Arnaud Evain, dans un bel hommage.