Plans de monte: les choix d’Yves Berlioz et Benoit Guérin
lundi 05 avril 2021

© Eric Fournier

La saison des mariages pour la jumenterie sport commence ! Face à une offre pléthorique d’étalons, comment choisir le bon fiancé ? Notre tour de France pour interroger les éleveurs sur ce qui guide leur décision se poursuit avec la Normandie, terre d’excellence.

Pourvu qu'il y ait du sang !

Le premier élevage est un affixe historique du paysage normand à l'origine du Champion du Monde de Complet 2014 Opgun Louvo, SF (Shogun II, SF), ICC 166/12. L’œil bleu d'Yves Berlioz est fin, perçant, acéré comme son physique sec, critique, "sans concession au sang...essentiel, prioritaire. Pourvu qu'il y ait du sang, le reste c'est de la littérature" dira l'ex Gentleman Rider curieux des courses. Propos tranchés. Démarche atypique? Alors qu'une quinzaine de poulains devrait naître cette année, ses croisements ne sont guidés que par ses convictions, son expérience, son recul depuis ses premiers poulains nés "du Sapin" vers 1981 (Verygold du Sapin, SF (Narcos II, SF), ISO 139/95, souche Flambeau C), lui qui a tiré sur les pattes de Quidam de Revel alors qu'il était salarié pour le Prince de Broglie. Se torture-t-il pour choisir un étalon ? Pas le genre, il sait où il veut aller. Pas de tour de table familial non plus. Il mène sa propre enquête, se renseigne alentours, épluche une souche, intègre des  ressentis récoltés auprès d'amis qui connaissent sa philosophie et son aversion pour les étalons engoncés dans des stéréotypes. Hors des modes il produit local, "souvent fait maison" et fait confiance à des reproducteurs qu'il a lui même conçus. Car s'il garde un poulain entier c'est qu'il va l'utiliser. Quand il en a envie, qu'il perçoit des atouts, que le"sang rouge" est proche il fonce sans s'occuper du qu'en-dira-t-on, des réseaux sociaux qu'il observe néanmoins, d'un protocole sanitaire dont il pèse pourtant les bénéfices/risques, de la race. Avec Yves on est au-delà de la standardisation actuelle ou passée "comme lorsque les ex H.N voulaient nous mettre dans des cases en nous demandant de prioriser le modèle, les allures, la performance. C'est d'abord la complémentarité d'un reproducteur qui m'intéresse".

Une production mixte

Il peut croiser un étalon poney qui saute bien (Démon ou Gozzillo du Bary tous deux O.C) avec une grande jument pur sang puisée dans un cheptel d'une vingtaine de têtes incluant des pur sang systématiquement testées sur les barres. "Je ne m'interdis rien si je perçois des qualités correspondant à mes aspirations". Yves est d'abord soucieux de diversité génétique et exploite pas moins de cinq lignées différentes. "Les indices, l'approbation à la monte, une reconnaissance Selle Français, ça vient ensuite". Une partie de sa production s'oriente vers le CSO et vers le Complet . Il échange beaucoup avec Thomas Carlile qui monte l'ex mâle Dingo Louvo, SF (Ugano Sitte, sBs), très repéré par les Français et les Allemands à 3 ans et Gérico Louvo, SF (Upsilon, AA) qui devrait prochainement réintégrer l'élevage des Louveaux pour la monte naturelle. En 2021 il ressortira des paillettes de Starsky de Brix, SF (Muguet du Manoir, SF x Tanaël, SF) qu'il estime tant. "Meilleur que son père" selon lui. Il dit avoir remarqué le coup de garrot de Canabis d'Albain, SF (Baloubet du Rouet, SF x Kannan, KWPN), ISO 150/18. "C'est toujours bénéfique de ramener de la tension sur la ligne du dessus. C'est comme le sang, ca peut se perdre très vite". Haschich d'Albain, fils de Canabis, l'interpelle également. Jeunes ou vieux, Yves regarde aussi la jeune génétique. C'est ainsi qu'en son temps il utilisa Diamant de Semilly, SF dès ses 4 ans. Il s'interroge sur le très remarqué Iron Man de Favray (Cher Epoux, SF x Orlando, Bwp) susceptible de correspondre à ses goûts et objectifs sportifs dans le Complet. "Un cheval qui pourrait ramener de l'amplitude". Cette année il devrait faire trois ou quatre Potter du Manaou, AA (Ryon d'Anzex, AA x Rif du Crocq, AA), pour cultiver  quelques bienfaits du sang anglo-arabe et notamment "un format raisonné, plutôt fuselé dans le sens énergique". 

Pour des raisons philosophiques mais aussi  économiques Yves Berlioz (71 ans) n'entend pas se faire "prendre la main" par les transferts d'embryon "on est vite débordé par le nombre, l'ICSI  et autres sollicitations commerciales". Son modèle est local, plutôt typé "circuit court", fait de bon sens et d'observations régulières, de choix et d'un peu d'originalité assumés, et d'une certaine ouverture d'esprit "pourvu qu'il y ait du sang".   

En résumé – Les Choix 2021 d’Yves Berlioz

Démon du Bary, OC (Salto de l’Isle, SF) x Pur-Sang

Gozzillo du Bary, OC (Salto de l’Isle, SF) x Pur-Sang

Starsky de Brix, SF (Muguet du Manoir, SF)

Canabis d'Albain, SF (Baloubet du Rouet, SF)

Haschich d'Albain, SF (Canabis d'Albain, SF)

Iron Man de Favray (Cher Epoux, SF)

Benoît Guérin rationalise l'affixe "du Milon"

Homme organisé, structuré et raisonnable il attend huit naissances en 2021 et projette d'enchaîner avec huit accouplements "pas encore complètement finalisés". Objectif idéal, atteindre à nouveau le "Graal" quand son ex protégé Lord du Mont Milon, SF (Aferco, SF), ISO 185/10, vendu à 7 ans, brillait en CSIO et CSIW avec Jesus Garmendia. Benoît compte,  investit avec discernement dans des pères systématiquement approuvés par le Selle Français. Actionnaire du GFE, il jongle avec "les opportunités du système qui me permettent tantôt une saillie haut-de-gamme telle que Kannan, KWPN, tantôt une saillie jeune génétique plus abordable telle que Cicave du Talus, SF, Candy de Nantuel, SF. "J'aime alterner entre performeurs et jeunes étalons d'avenir. Et parfois je casse ma tirelire. Il faut que j'aie vu l'étalon sous la selle, comment il porte le bonhomme". Son bon Boomerang du Milon, SF (Vagabond de la Pomme, sBs), ISO 138/20, avec lequel il performe en CSI servira trois ou quatre poulinières maison cette année. Benoit retournera sûrement à Vagabond même s'il prévoit simultanément d'utiliser Untouchable 27, Kwpn (Hors la Loi, SF), Narthago (Carthago, Holst) "le gris plaît, c'est une tendance commerciale". Il se renseigne sur By Ceira d'Ick, SF (Stakkato, Han), Festival d'Argouges, SF plutôt que son père Armitages Boy, Old, et considère favorablement la puissance d'un Dominator 2000, Z (Diamant de Semilly, SF). "C'est sérieux!" En dépit d'une production confidentielle, "La présence de deux produits de Conquistador, Bwp (Clinton, Holst) aux JEM de Tryon me fait réfléchir".   

Tout ça reste à confirmer autour d'un repas familial consultatif où il aura le dernier mot partant du principe qu'une mère confirmée dans le sport rencontrera un père confirmé à haut niveau. A l'inverse, "une première gestation implique l'utilisation de jeune génétique".  Benoît Guérin est pro actif après 20 années d'élevage. "J'ai parfois été déçu en retournant à un père utilisé précédemment". Il convient qu'il ne négocie pas systématiquement la génétique, mais, en bon chef d'entreprise (six salariés, de lourds investissements sur 46 ha) "Je négocie des prix sur les interventions vétos". Benoît cherche donc l'équilibre tant dans ses croisements que ses projets.

En résumé – Les Choix 2021 de Benoît Guérin

Boomerang du Milon, SF (Vagabond de la Pomme, sBs)

Vagabond de la Pomme, sBs (Vigo d’Arsouilles, Bwp)

Untouchable 27, KWPN (Hors la Loi, SF)

Narthago, SF (Carthago, Holst)

By Ceira d'Ick, SF (Stakkato, Han)

Festival d'Argouges, SF (Armitages Boy, Old)

Dominator 2000, Z (Diamant de Semilly, SF)

Conquistador, Bwp (Clinton, Holst)