Jean-Roch Gaillet : « Gagner sa vie dans notre filière : une équation difficile à résoudre »
lundi 27 juin 2022

Jean-Roch Gaillet
Jean-Roch Gaillet © Coll. IFCE

Cavalier, éleveur ou professionnel du monde du cheval, vous connaissez sans nul doute l’IFCE car il est souvent votre interlocuteur en cas de besoin, tel l’enregistrement de votre poulain ou le changement de propriétaire d’un équidé. Mais cette vaste structure est en réalité chargée de nombreuses autres missions. Son directeur, Jean-Roch Gaillet, nous en dit plus sur cette grande maison, au chevet de la filière cheval.

À soixante-trois ans, Jean-Roch Gaillet est à la tête de l’Institut français du cheval et de l’équitation depuis un peu plus de trois ans. Et c’est peu dire que sa carrière professionnelle a été bien remplie. Après une formation initiale de vétérinaire, il occupe le poste de chef de projet d’intensification de l’élevage au Burundi, puis celui de chargé de mission dans le domaine des productions animales pour les pays du Sud subsaharien. Après l’obtention d’un MBA (Master of Business Administration) HEC, il occupe différentes postes au Centre national d’études vétérinaires et alimentaires (CNEVA) devenu Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (ANSES), à l’Office national interprofessionnel de l'élevage et de ses produits (OFIVAL), à l’Office nationale de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) et devient, en 2006, directeur départemental des services vétérinaires de Paris et d'Île-de-France. À partir de 2008, il intègre les Directions régionales de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt en Bourgogne puis en Centre-Val de Loire. Chevalier dans l’ordre de la légion d’honneur et du mérite national, membre, depuis 2004, de l’académie vétérinaire de France, il a été nommé directeur général de l’IFCE en 2018. Fort de cet impressionnant parcours, c’est avec un enthousiasme non feint que Jean-Roch Gaillet a répondu à nos questions et s’intéresse aux spécificités de notre filière et à ses problématiques.

Avant d’être nommé à la direction de l’IFCE, quel regard portiez-vous sur la filière cheval ?
Je la savais difficile à unifier ou à vouloir suivre un seul et même objectif. On ne peut lui faire construire un unique plan stratégique, tant ses secteurs sont différents. Il y a le secteur des courses, qui compte différentes activités, et le secteur du sport, avec les centres équestres d’un côté et le sport à proprement parler de l’autre. Sans parler de l’élevage… Je savais aussi qu’il s’agissait d’une filière qui regroupe des passionnés, souvent très occupés, pour qui la gestion du temps est une problématique. J’avais également conscience que les professionnels de chaque filière ne se parlaient pas et que chaque secteur est bien séparé des autres.

Justement, aujourd’hui, un peu plus de trois ans après votre prise de fonction, quelles sont selon vous les problématiques majeures que rencontre la filière ?

Cela peut paraître basique, mais elle est d’abord d’ordre économique. Gagner sa vie en exerçant un métier du cheval reste une équation compliquée à résoudre. Onze milliards d’euros de chiffre d’affaires sont générés chaque année par notre filière, dont neuf dans le secteur des courses. En dépit de cela, on voit bien que peu de personnes tirent leur épingle du jeu quand il s’agit de gagner correctement sa vie dans le secteur cheval. D’une part, parce que notre activité est liée au vivant et qu’elle repose sur un système qui comprend beaucoup de charges et certains risques, liés notamment à la santé du cheval. Dans le secteur de l’élevage, le prix de vente d’un poulain ou d’un jeune cheval n’a aucun sens quand on prend en compte les frais d'insémination, de soins, le poulinage, la valorisation… En ce moment, le commerce se porte plutôt bien et les prix ont été revus quelque peu à la hausse en raison de la pénurie de chevaux. Mais une simple analyse économique des prix de vente et de revient des chevaux suffit à faire comprendre qu’il y a un problème. Idem dans le monde des courses, où l’on s’aperçoit que nombre d’entraîneurs, par exemple dans le trot, ne gagnent rien…

La suite de cet article est à découvrir dans le numéro 423 de L'Eperon Hebdo (paru le 22 juin 2022), disponible sur notre boutique en ligne.