Les jeunes chevaux au travail
mercredi 17 février 2021

Stage SHF avec Hervé Godignon
Stage SHF avec Hervé Godignon © Béatrice Fletcher

Les 15 et 16 février, Jacques Bonnet accueillait à Varennes sur Seine un stage de CSO organisé par la SHF animé par le sextuple champion de France Hervé Godignon.

Les températures négatives des jours précédents n’avaient pas découragé les propriétaires franciliens de 19 chevaux de se déplacer. Au programme, deux jours à raison d’une séance quotidienne, au lieu de deux fois deux jours plus un coaching en concours pour l’ancienne formule. 

Rigueur et concentration 

« Désormais  je vais plus directement dans le vif du sujet » indique Hervé Godignon. « Le travail sur le plat du premier jour est complété par un parcours de barres au sol, un bon moyen d’aborder le contrôle, le tracé, la stabilité, les contrats de foulées, et de supprimer l’effet de surprise sur le parcours du lendemain. En manège, les virages sont un peu courts, mais les cavaliers peuvent toujours repasser au trot. Lors de ces stages, les chevaux passent un vrai cap, les cavaliers prennent confiance et banalisent cette notion de difficulté qui les incite à repousser en permanence les véritables exercices, tels que les changements de pied, que bon nombre de chevaux de 5 et 6 ans ne maîtrisent pas, à ma grande surprise. Les cavaliers se focalisent souvent sur l’équilibre longitudinal, cherchent à rectifier un excès de poids sur les épaules, mais négligent trop souvent le déséquilibre latéral. Dans le virage, le cheval tend à surcharger l’épaule intérieure. La reprise d’équilibre s’obtient en le repoussant vers l’extérieur avec les aides intérieures. Lorsque le cheval a compris le principe, il change souvent de pied de lui-même à la réception de l’obstacle précédant la courbe. Encore faut-il qu’il réponde aux actions du cavalier. Développer, entretenir et affiner l’obéissance aux aides, à condition que le cavalier les emploie avec justesse et indépendance, est tout l’objet de l’éducation du cheval, quelque soit son âge. On se trouve parfois confronté au double problème du cheval dont les commandes ne sont pas en place, et du cavalier qui ne dispose pas de toutes les clés pour les installer, d’où le célèbre adage « à jeune cavalier vieux cheval » et inversement. Je conseille régulièrement aux cavaliers de se faire aider, de faire monter leur cheval par un cavalier plus expérimenté pour éviter les mauvaises habitudes. Dresser un cheval est chose facile, le redresser est beaucoup plus compliqué. Il faut déterminer des objectifs, expliquer clairement ce qui est autorisé et ce qui ne l’est pas, faire preuve de compétence, de rigueur et de concentration. Quoiqu’il en soit, je m’applique à ne jamais terminer la première séance sans avoir au moins en partie résolu les problèmes, même s’il faut parfois un peu plus de temps que prévu. En contre partie, le lendemain, les chevaux, qui ont évacué leur trop plein d’énergie, et sont légèrement fatigués car ils n’ont pas l’habitude d’aller au fond des choses, sont beaucoup plus relâchés, ce qui reste l’objectif majeur. » 

Une séance réfléchie

« On observe très souvent un manque de stabilité et de constance dans les allures, qui procède le l’emploi des aides » poursuit le coach. « Certains agissent trop, d’autres pas assez, parfois en raison d’une approche anthropomorphiste du rôle du cavalier. Une action ferme au début si nécessaire est préférable à une action trop modérée et constamment répétée. Dans le meilleur des cas, les cavaliers ont peur d’aller trop loin, dans le pire des cas ils n’ont aucun repère sur ce point. Avant même de songer à sauter, il s’agit de consolider les fondamentaux, à savoir un cheval qui se tient sur le plat. Lors du débourrage, trop de chevaux sont montés avant de trouver leur propre équilibre, sans même parler du poids du cavalier. Si un cheval pose des difficultés de contrôle et d’équilibre, ne pas craindre de revenir en arrière, de reprendre le cheval à la longe ou aux longues rênes, le faire sauter en liberté, travailler à pied pour établir les bases de l’obéissance à la jambe isolée ou au reculer, travailler la décontraction de la bouche par une cession ou une flexion avant de se mettre en selle (les bauchéristes vont adorer sourit Hervé Godignon !). Ce travail requiert des connaissances, d’où l’importance de s’adjoindre régulièrement les conseils d’un expert, en particulier pour les cavaliers amateurs avec les jeunes chevaux. Avec les professionnels, on aborde essentiellement la technique, en oubliant trop souvent les aspects physiologiques et biomécaniques. Je mets fréquemment en garde les cavaliers, lorsque les chevaux commencent à rechigner au travail, sur la durée de leur séance. Lors d’un travail intense ou prolongé, le cheval respire moins bien, les muscles se tétanisent, les cavaliers tentent de combattre des contractions en continuant à travailler, au lieu de les laisser respirer et se relâcher comme le fait tout sportif entre deux séquences. La spécificité de notre discipline est d’alterner contraction et relâchement musculaire. Sur un parcours de CSO de 60 à 90 secondes, le cheval enchaîne les variations d’allure, d’attitude et de direction. Sur le plat, les cavaliers ont trop tendance à prolonger le même exercice, à rester dans la même allure. Je recommande quelques séquences de deux minutes avec davantage d’intensité entre des demandes contradictoires. C’est un excellent moyen de vérifier le niveau de disponibilité du cheval. »

Enchantés des conseils d’Hervé Godignon, mais aussi du chaleureux accueil réservé par Magali Serrel, épouse de Jacques Bonnet, les cavaliers sont repartis avec de précieuses pistes de travail pour peaufiner la préparation de leur saison. Prochain stage SHF à Varennes sur Seine les 8 et 9 mars avec Laurent Elias.