Jacky Angot, une vie au galop
Le père de Florian, Cédric, Reynald et Grégory, éleveur à l’affixe ‘de Grandry’, s’est éteint aujourd’hui au terme d’une longue maladie. Il laisse chez tous ceux qui l’ont connu l’image d’un véritable Homme de cheval, humble, bienveillant, sachant toujours faire preuve d’humour. Passionné d’élevage, il ne manquait jamais un concours jeunes chevaux.
Le monde de l’élevage normand pleure l’un des siens. Jacky Angot, 84 ans (né en août 1941), a enfin trouvé la paix après un long combat contre la maladie. « Depuis que la nouvelle est tombée, tout le monde se remémore des anecdotes » témoigne Yann Adam, directeur du Pôle Hippique de Saint-Lô. Depuis treize ans, ce dernier croisait le Manchois à chaque concours. « Ne plus le voir à Saint-Lô, c’était mauvais signe… Il avait toujours le sourire, et surtout, toujours des choses à me dire sur un ton malicieux. Il était passionné, et très attaché à Saint-Lô. Il disait toujours des choses intéressantes, c’était un homme sensé, j’aimais beaucoup discuter avec lui…un type bien. » Il formait un duo cocasse avec son ami Jacky Misteli, que beaucoup surnommaient affectueusement « les deux Jacky ». « Il a beaucoup œuvré pour la filière, et pour la renommée de l’élevage normand » dit Michel Mesnil, président de Cheval Normandie. « Il a contribué à mettre en lumière notre région, tant par ses poulains que par ses fils » ajoute-t-il. « C’était un éleveur de chevaux et de cavaliers, reconnu sur descendance ! » complète avec une pointe d’humour Michel Guiot, président de la SHF. Il est vrai qu’en donnant naissance avec sa femme Joëlle à quatre garçons talentueux dont trois ont fait partie de l’équipe de France de saut d’obstacles, Jacky Angot a prouvé qu’il savait également transmettre sa passion et son savoir-faire. « On peut dire qu’il a réussi sa transmission » dit Jean-Louis Lenoury, son ami d’enfance. « Nous nous sommes connus à l’adolescence, lors de la création de Société Hippique Rurale de St Jean de Daye. Nous avons fait plein de choses ensemble. Il m’a mis à cheval en quelque sorte, mais il était plus doué que moi, c’était un cavalier hors pair.«
Un Homme de cheval
Avant d’être éleveur, il fut donc également cavalier, formant notamment un certain Idéal de la Haye (Amarpour, ps) avant qu’il ne permette à Michel Robert de décrocher l’or par équipe et le bronze individuel au Championnat du Monde de Dublin en 1982. « Il a formé un paquet de très bons chevaux » se souvient Jean-Louis Lenoury, son ami d’enfance. « Il y a eu aussi Crème de la Cour, une fille de Gorgechatum qu’il avait vendu à Michel Robert également et avait terminé en Italie. » Le 20 mars dernier, lors de l’AG de Cheval Normandie, il n’avait pas pu accompagner son épouse pour recevoir une récompense pour les bonnes performances de Easy Up de Grandry sous la selle de Julien Epaillard. « Plein de souvenirs se bousculent dans ma tête » confie Julien, très ému. « Je l’ai connu quand j’avais 5-6 ans. Je passais mes vacances à la Grandry, à Rémilly sur Lozon, Reynald venait à la maison… On faisait de grandes tablées avec des repas de famille formidables. Je me souviens que j’ai vêlé une vache avec lui alors que j’étais tout jeune…je ne garde que de très bons souvenirs. C’était un Homme de cheval, un homme de la terre, un ami, un travailleur acharné qui prenait toujours soin des autres, toujours à l’écoute, sans jamais donner de leçon. Un regard suffisait pour que l’on se comprenne.«
Un éleveur attentif
Reconnu pour sa bienveillance, Jacky Angot a su aussi soutenir ses pairs à une période où il faisait naître moins de poulains. « Il achetait souvent aux éleveurs du coin, il était attentionné vis-à-vis des éleveurs manchois. Il s’est toujours montré attentif au devenir de la filière » raconte Michel Mesnil. « Il ne manquait pas un concours jeunes chevaux, c’était un vrai supporter des épreuves SHF » ajoute Michel Guiot. Naisseur avec Joëlle de plus de 300 chevaux, Jacky a eu la joie de voir récemment l’un de ses protégés accéder au haut niveau : Easy Up de Grandry. « Un jour, je dinais avec Reynald. Il m’a montré une vidéo, je suis allé l’essayer…et je l’ai acheté » se souvient Julien Epaillard. Le couple Angot en a gardé une part, pour vivre l’aventure avec celui qui, petit, faisait les quatre cent coups à la Grandry avec leurs fils. Easy Up a d’ailleurs remporté son épreuve aujourd’hui à St Tropez, « la seule et meilleure façon de lui rendre hommage » conclut le cavalier français. « Nous nous croisions moins souvent qu’avant » témoigne Jean-Louis Lenoury. « Je me consacrais aux concours d’élevage, lui était passionné de jeunes chevaux… Mais nous restions très proches. Ma femme est d’ailleurs la marraine de Reynald, et Cédric, dont nous avons été l’un des premiers propriétaires, nous appelle souvent. La dernière fois qu’on a passé une journée ensemble, c’était lors de la cérémonie organisée par Alain Hinard à l’occasion de son dernier concours. C’était un très bon vivant, un homme jovial, gentil et attachant. Il faisait partie de notre famille« .
La rédaction de L’Eperon présente ses plus sincères condoléances à sa femme Joëlle, ses enfants Cédric, Florian, Grégory et Reynald, ses proches et tous ceux qui l’ont apprécié.