Jordan du Chalet mène Mathis Vallat au sommet

Xavier Boudon 26 avril 2026

A 21 ans, le Forézien a damé le pion à un plateau dense et relevé dans ce Grand Prix CSIYH réservé aux 7 ans. Avec son impressionnant Selle Français Jordan du Chalet, il a dominé au barrage – et sans forcer le talent de son étalon – Victor Bettendorf (LUX) et Christian Ahlmann (GER)…excusez du peu !

Les 7 ans, comme les 8 ans la veille, avaient le privilège de terminer leur week-end bellifontain sur le terrain d’honneur, toujours aussi bon qu’au premier jour. La piste en herbe, Jordan du Chalet l’a découverte ici même pour la première fois…et visiblement il s’en accommode très bien. Sans faute mercredi et jeudi dans les deux premières épreuves disputées sur la carrière des Princes (en sable), il a donc foulé la magnifique arène engazonnée sans afficher une quelconque émotion. Jonglant entre ses différents chevaux engagés ce dimanche matin, Mathis Vallat a géré au mieux son ultime journée. « Je n’ai pas trop regardé parce que je disputais le Critérium Pro 1 en même temps » dit-il. « J’ai vite passé le premier cheval ici, après je suis allé passer le Pro 1, après je suis revenu ici passer Jordan, je suis retourné faire la deuxième manche du Pro 1 et là je suis arrivé tout juste à temps pour le barrage…et je n’avais regardé personne, je n’ai qu’appris le barrage devant la piste et après, j’ai entendu mes copains crier un peu ». Ses supporters ont sauté de joie en voyant la dernière concurrente du barrage fauter. « Je suis parti un peu plus vite que prévu. D’avoir passé Jaimix de Belhême en premier, ça m’a donné des informations sur le parcours. Malheureusement, je n’ai pas trop été à la hauteur de son talent. Ce matin il y avait les ombres avec le soleil donc il regardait beaucoup, lui qui est déjà un petit peu craintif. »

69 couples ont pris le départ et non des moindres. Mark McAuley (IRL), Yuri Mansur (BRA), Gudrun Patteet (BEL), Julien Gonin…il fallait un sacré sang froid pour affronter le barrage et tenter d’améliorer le chrono de Mégane Moissonnier, en tête à son entrée en piste. Mathis et Jordan avaient un peu de retard sur la première partie du parcours, mais ils ont pris les dernières options sans trembler, resserrant le virage à main droite vers l’ultime oxer…pour franchir la ligne d’arrivée avec près de deux secondes d’avance sur sa compatriote. Même si peu imaginaient voir le jeune tricolore gagner, il mettait ainsi une pression maximum sur ses adversaires. Ni Christian Ahlmann (avec l’étalon Toemme de Regor Z, un puissant fils de Chacco-Blue sur une mère Cento), ni le toujours rapide Victor Bettendorf et son intéressant mâle Unity Touch (par United Touch S sur une mère par Chaman) ne réussirent à améliorer son chrono. Mark McAuley essuya même un refus de Javelot d’Elle (Eldorado d’Elle, sf) sur le dernier obstacle, tandis que Lolita Saclier, dernière à partir, ne put éviter deux barres.

« Je n’ai pas trop géré, je me suis dit, ‘je vais essayer de faire quelque chose, je vais m’amuser, je vais aller un petit peu vite’. Normalement je travaille à l’opposé de ce que j’ai fait au barrage parce que Jordan a naturellement les hanches à droite. Mais là, cette particularité m’a aidé pour le dernier. » Associé au fils de Candy de Nantuel depuis deux saisons, Mathis Vallat avance pas à pas. « A 5 ans, je me suis dit qu’il était exceptionnel. Au début, il n’était pas très chaud. Après, on l’a envoyé au prélèvement et et là, il est devenu très chaud. On lui donne un produit, c’est le Or’Calm de Or’Vet, qui a l’air de le calmer un petit peu. Après, sur le terrain en herbe, c’est nettement plus simple pour lui. C’est plus grand, il a plus de place. Normalement, quand il voit un autre cheval, il commence à être un petit peu excité. Mais là, il n’a pas trop le temps de le voir. En général, quand je suis dessus, il est plutôt à fond dans le travail. C’est un cheval qui, justement, une fois qu’il est au travail, reste concentré. Quand il est tout seul dans une carrière où il peut être au calme, il est vraiment exceptionnel. » Force, souplesse, respect, sang, Jordan du Chalet présente toutes les caractéristiques d’un futur crack. « Remporter le Grand Prix, ce n’était pas un objectif. J’ai eu mon papa au téléphone, il m’a dit ‘vas y tranquille, vas doucement, fais bien et sans faute’. Au final, j’ai été un peu plus vite. Il appartient à Jean-Baptiste Llanas. C’est le meilleur ami de mon papa. L’objectif, c’est de le former pour sa fille qui est encore un peu jeune, pour qu’elle puisse faire les juniors et les jeunes cavaliers après. À part s’il y a une offre qu’il ne peut pas refuser. »

Conservé entier, Jordan du Chalet, approuvé au Selle Français, a 21 produits inscrits majoritairement nés en 2024. Né chez Lise Voydeville à Malzeville (Meuse), il est en réalité le frère utérin de Notch de Rangeval (Cornet Obolensky, bwp), étalon lui aussi. Sa mère Esperanza de Hus Z (Eldorado de Hus, kwpn) est une fille d’Argentina (Argentinus, han), la propre sœur d’Air Jordan Z. «  On a une pouliche de lui née cette année avec une jument appartenant à moitié à une cliente, l’autre à Laure et Frédéric. Le poulain est magnifique. Il bouge très bien, c’est prometteur. Pour l’instant, nous le commercialisons auprès de copains ou pour notre élevage. » Acheté aux ventes Fences à 3 ans, Jordan doit certainement faire des envieux après cette magnifique performance.

Crédit photo à la une: Jordan du Chalet et Mathis Vallat (photo : PSV)