La dernière facétie de Baloubet de Talma
Le bouillonnant crack de Michel Guiot a succombé aujourd’hui des suites d’un accident au paddock. Le fils de Baloubet du Rouet et de la grand matrone Reggae de Talma a marqué les esprits par sa fougue et son envie de sauter, un tempérament de feu que sa cavalière Pénélope Leprévost avait su dompter.
Alezan avec une liste et de grandes ‘chaussettes’, Baloubet de Talma avait le look des chevaux que beaucoup adorent. Il ne pouvait renier son père, le célèbre Baloubet du Rouet (Galoubet A, sf) dont il avait hérité la robe…et le caractère bien trempé de ceux qui ne s’en laissent pas conter. Car si l’on retient ses brillantes performances jusqu’en Grand Prix Coupe du Monde, il avait fallu toute la passion (et la patience) de son naisseur Michel Guiot pour attendre que son talent éclate enfin sur la scène internationale.
Débuté à 5 ans par Thomas Lambert (5 parcours sans faute) qui le conserva jusqu’à mi-saison à 6 ans, il est ensuite confié à Audrey Teixidor mais ne participe pas non plus à la finale SHF. Début 2018, il rejoint le piquet d’Alexandra Francart avec qui il obtient ses premiers classements sur 1,30m. L’année suivante, il termine classé sur 1,35m, cette fois de nouveau avec Audrey Teixidor. Elle dut attendre 2021 pour parvenir à lui faire passer un cap lors du CSI2* de Fontainebleau où le hongre prend la 11e place du Grand Prix 1,45m. A l’automne 2022, Valentin Pacaud prit le relais, et comme avec ses précédents partenaires, il dut composer avec l’énergie débordante de sa monture. Il réussit néanmoins à l’emmener sur ses premiers Grands Prix 1,50m. Brièvement, Baloubet réalisa la fin 2024 aux rênes de Theo Ogorzaly avant de rejoindre le piquet de la normande. Pénélope Leprévost reconnut en lui tout ce qui constitue un crack. Du sang, de l’énergie, de la force, et ce tempérament de gagnant qui crée la différence. Acquis début 2025 par sa cavalière associée à l’Elevage de Bellincamps d’Amélie Loyez, l’alezan a fait sensation à Equita Lyon en prenant la 7e place du Grand Prix Coupe du Monde, avant de terminer l’année par une 5e lors de l’étape londonienne. Il avait repris le chemin de la compétition à Bâle en janvier. Le couple a été vu la dernière fois lors du Printemps des Sports Equestres.
«Si tu savais comme je l’aime »
Très touché par cette disparition soudaine, Michel Guiot, son naisseur, s’est exprimé via les réseaux sociaux du Haras de Talma.
« Ton tempérament te rendait particulièrement unique. Particulièrement énergique et guerrier, tu avais un cœur plus grand que toi. Ton énergie était souvent difficile à canaliser : tu voulais toujours donner 150 % de ce que l’on attendait de toi. Depuis ton plus jeune âge, tu as laissé une véritable marque dans les esprits de ceux qui t’ont croisé. Extraordinaire dès ton plus jeune âge, nous avons voulu te donner une chance, t’attendre… Le chemin a été long, nous n’allons pas le cacher. Je pense que Thomas et Mathieu se souviennent de l’impétuosité de tes débuts.
Puis, la rencontre avec Audrey a marqué un tournant décisif dans ta carrière. Vos forces de caractères et vos sensibilités mutuels ont rapidement fusionné. Cette alchimie a permis au couple de gravir chaque échelon, des cycles classiques aux Grands Prix 3*. Prêt à performer, ton association avec Valentin fait rapidement mouche. Tu deviens de plus en plus compétitif et répètes les performances sur les GP 1,45 m et 1,50 m…
Enfin, ta rencontre avec Pénélope te permet de gagner ta place. Une place parmi les plus grands. Une nouvelle histoire d’amour, en trio entre Amélie, Pénélope et toi, te transcende jusqu’aux classements des GP 5*, à Vejer, Lyon ou même Londres ! Il n’y avait pas un concours sans que Pénélope nous parle de tes exploits. Tu faisais une faute ? « Ce n’est pas grave, si tu savais comme je l’aime », nous disait Pénélope. De l’amour, tu en auras eu jusqu’à ton dernier souffle. »
Une souche en or
Outre son talent pur, Baloubet de Talma incarnait un héritage génétique exceptionnel. Sa mère Reggae de Talma (Cento, holst) a donné 37 produits. Son premier, Une de l’Othain (Conterno Grande, old) fut une grande gagnante internationale (ISO 170) sous la selle d’Harrie Smolders après avoir été débutée par François Eric Fedry et Marie Pellegrin. Son second, Valkyrie de Talma (Diamant de Semilly, sf), Excellent à 6 ans, ISO 157, a donné à son tour de nombreux gagnants dont l’étalon Hell de Talma. La génération des ‘B’ fut prolifique avec 5 produits dont 4 indicés (Baloubet restant le meilleur, ISO 164). L’année suivante, Reggae donna naissance à la propre sœur de Baloubet, Cocaïne de Talma, ISO 150, et surtout à son propre frère Cocktail de Talma, Très Bon à 7 ans, ISO 157 et désormais confié à Grégory Wathelet. La mère de Reggae, New Eve du Moulin (Quidam de Revel, sf), née chez Daniel Léger dans les Ardennes, réalisa une belle carrière avec Stéphane Frey jusqu’en CSI2* 1,45m. Elle descend de la célèbre matrone Nadine, ds (A C’T’Heure, ds) de Roger Lenoir, à l’origine de l’étalon Targas Poulyoud (Elf III, sf) et des bons Carat II (Qredo de Paulstra, sf) ISO 168 et Jalna du Mesnil A (Dynamique, sf) ISO 151. Il s’agit de la souche directe de Pirate Andalou ISO 158, Arlem Andalou étalon, Gladius ISO 173, et plus récemment Amy de Beaufour ISO 153, et Baya du Ter ISO 155.