Philippe Leoni : «L’élevage n’est pas une science exacte »
Cavalier international durant plus de 30 ans, l’aixois a choisi de raccrocher les bottes voici deux ans, après une ultime participation à l’Officiel de France. Désormais, il suit sa fille Charlotte sur les terrains des CSI, ainsi que les chevaux dont il est copropriétaire, montés par Mégane Moissonnier. Mais Philippe Léoni est également éleveur, un nouveau rôle qu’il apprécie tout autant !
Qu’est-ce que cela vous fait de revenir à pied à La Baule ?
Je suis toujours au contact du haut niveau, d’abord avec ma fille Charlotte, ensuite, avec les chevaux que je possède avec Laurent Guillet et Nicolas Delmotte et montés par Mégane, notamment Crooner Tame. En réalité, je n’ai jamais quitté le haut niveau, sauf en tant que cavalier. Ça me manque un petit peu j’avoue. Je suis content d’avoir tourné la page en bonne santé physique et en étant performant de manière clean. Maintenant, c’est un petit peu plus dur pour les nerfs de regarder les parcours de Charlotte parce qu’on est stressé en tant que père, bien sûr. Et puis, en tant que président de la commission de haut niveau de la FFE, donc je suis très concerné aussi par l’équipe de France.
Qu’est-ce que cela a changé dans votre quotidien ? Je sais que vous êtes un homme d’affaires, mais j’imagine que les chevaux n’ont pas trop quitté votre quotidien.
Non, les chevaux n’ont pas trop quitté mon quotidien, sauf sur la partie entraînement et concours, en ce qui me concerne, bien évidemment. Il s’avère que j’ai encore un boulot très, très, très actif, puisque je gère un fonds d’investissement qui s’appelle Latour Capital. Non, les chevaux font partie de ma vie, de ma passion. Ça l’est toujours indirectement, mais c’est quand même encore ma vie et ma passion.
Quel est votre rôle auprès de Charlotte, justement ?
Pas seulement celui de papa, je suis aussi propriétaire. Par contre je ne suis pas coach. Parce que je pense que c’est très dur une relation de coach père-fille ou père-fils. Je pense que c’est compliqué. Et donc c’est Laurent Guillet qui l’entraîne depuis deux ans. Il le fait très bien. Ils sont très complémentaires tous les deux. Ils se sont bien trouvés. Charlotte a fait de gros progrès depuis deux ans. Elle a un bon piquet, mais aussi un bon système tout autour. Moi, je ne suis que propriétaire et papa.
Vous avez aussi une petite casquette d’éleveur avec Shana de Kerglenn notamment. Pouvez-vous m’en parler ?
C’est Laure, mon épouse, qui serait plus au fait de dire combien on en a. Je crois que nous avons une douzaine de produits de Shana, mais également d’Atomica, une fille de Cyrenaïka (son ancienne jument de Coupe du monde, ndlr) qui a déjà cinq produits. Les plus âgés et qui sortent en concours ont cinq ans. Ils sautent bien. On va voir ce que ça va donner. Fatalement, je pense qu’il y a un côté assez ingrat dans l’élevage parce qu’on a beau imaginer les meilleures mères avec les meilleurs pères…heureusement ça ne marche pas comme ça et il y a toujours des inconnues qui viennent se greffer dessus. On a le propre frère de Dexter de Kerglenn (Lord Shana, lui aussi fils de Mylord Carthago, ndlr). Physiquement c’est le sosie de Dexter, Jeanne nous l’a confirmé. Il saute très bien à 5 ans. Après, est-ce que ce sera un cheval normal, un crack, un champion ? Je ne sais pas. C’est vrai qu’on a beaucoup de poulains. On va un peu commencer à faire le tri dès qu’ils vont avoir 6 ans pour savoir ceux que l’on garde, ceux que va monter Charlotte, ce que va monter Mégane.
Comment vous est venue cette envie d’élevage ?
Par hasard, parce qu’ayant une mère comme Shana, qui a déjà donné de super produits, à commencer par Dexter, on a eu envie de se lancer. En tout cas, nous, on ne s’en sépare pas. On les garde jusqu’à la retraite. Ça nous semblait amusant et intéressant.
Vous êtes-vous entouré d’experts en élevage ou avez-vous fait vos choix d’étalons à l’intuition, au coup de cœur ?
Non, je ne suis pas du tout un expert, déjà, pour commencer. Après, on fait ça avec Laurent Guillet et la maman de Charlotte, Dominique, qui pratique aussi l’élevage et est plus connaisseuse que moi On en parle tous les trois et avec Charlotte, bien évidemment. Moi, je pense que ce n’est pas du tout une science exacte.
Un crack plus un crack n’est qu’un égale pas un crack.. ?
Non, l’histoire l’a montré. On essaye de mettre des bons étalons. Après, on voit que Shana produit un peu petit. On s’est donc orientés vers des étalons qui donnaient un peu plus de cadre, un peu plus de taille, ça, c’est vrai. On essaye d’ajuster au fil du temps, mais ça ne va pas plus loin. En tout cas, ça ne va pas être mon activité principale. Ça, c’est sûr.
Vous n’en avez vendu aucun ?
Un seul, une exception pour un garçon que j’aime beaucoup, qui s’appelle Antoine Ermann, qui a voulu acheter une fille de Shana par Balou du Rouet. D’ailleurs, pour l’anecdote, c’est Nelly, mon ancienne groom, qui m’a conseillé ce croisement. La pouliche (Jhoy, ndlr) était un peu petite, c’était la première de Shana née chez nous. On voulait aussi la garder comme les autres. Et puis Antoine m’a dit : « Moi, je voudrais bien l’acheter. » Je lui ai répondu non. Puis il a insisté. J’ai beaucoup de sympathie pour ce garçon, d’abord en tant qu’homme. Et puis je trouve que c’est un merveilleux cavalier. Je lui ai dit : « Allons-y. » C’est la seule qu’on ait vendu pour l’instant.
Et donc tous les autres sont encore chez vous ?
Tous les autres sont chez nous, ou au travail, notamment chez Michel Gruhn installé en Rhône Alpes. Ensuite, en fonction de l’âge, Mégane va en monter, Charlotte va en monter. Lord Shana, par exemple, le propre frère de Dexter, c’est Charlotte qui va le monter l’an prochain. Je crois que Mégane va en prendre un aussi. On fait ça toujours en famille. C’est le plaisir de les voir montés par de bonnes cavalières. Si on a une bonne surprise, on sera contents. Et puis, si c’est normal, on ne sera pas mécontents non plus.
Que préférez-vous finalement ? Gérer vos affaires ou gérer vos chevaux ?
Je suis très motivé par le fait de gérer Latour, parce que c’est une histoire d’entrepreneur de quinze ans et c’est très motivant et passionnant. Mais l’adrénaline et la vraie passion sportive, ce sont bien sûr les chevaux. Cela fait partie de l’essentiel de ma vie, bien sûr.