Stud-book Selle Français : Pascal Cadiou, candidat à sa réélection
Elu pour la première fois en 2014, année des JEM en Normandie, le Picto-Charentais a effectué depuis trois mandats de quatre ans successifs. Hormis lors du premier scrutin où il faisait face à deux concurrents (Jacques Grandchamp des Raux et Jean-Louis Bourdy-Dubois), il a toujours été élu sans adversaire. 2026 marque le retour d’une élection à suspens avec la candidature de Julien Blot. Entre bilan et perspectives de développement, Pascal Cadiou nous partage sa vision dans cette interview (à lire également l’interview de Julien Blot ICI).
Quel bilan tirez-vous de vos trois mandats 2014-2026 ?
Résumer quatorze années…cela fait beaucoup ! D’abord, nous avons redressé la barre sur le plan financier. Nos comptes sont sains et le stud-book est autonome financièrement à 85 %. C’est un vrai motif de satisfaction. Une décision de gestion nous a poussé à constituer des réserves afin de pouvoir respecter nos engagements. Nous avons ainsi mis de côté tous les ans, et aujourd’hui, cela nous donne un certain confort financier et une sécurité. Choisir de viser l’autonomie a été un bon choix car nous observons une diminution logique des financements publics. Le Conseil d’Administration a voulu cette rigueur budgétaire et il a eu raison. Heureusement, le soutien du Fond Eperon reste un atout important.
Quel est le second volet de votre bilan ?
Il porte sur l’ensemble des outils et des supports créés depuis 2014. Il y a les événements comme les Espoirs du Complet ou les Lignées de prestige, mais aussi les outils digitaux comme la base de données etalonsf.fr, le site Internet dédié aux formations, celui destiné aux médias, la boutique, etc. Prenons l’exemple de la base étalons : c’est un puits d’information très riche que les éleveurs doivent s’approprier davantage. Par ailleurs nous avons maintenu le Magazine Selle Français, véritable lien entre le stud-book et ses adhérents. Enfin, notre dernier projet, les « Lignées de Prestige », a pour but d’attirer plus de monde lors des finales des étalons de 2/3 ans.
D’après vous, quel est le rôle du stud-book ?
Il doit mettre en avant la génétique et le savoir-faire des éleveurs en matière d’élevage et d’éducation. C’est à cela que l’on mesure l’ambition et la dimension d’un stud-book. Nous devons produire des chevaux qui se vendent, du cheval de loisir à celui pour le haut niveau, et cela dans les trois disciplines olympiques. Même si nous sommes moins forts en dressage, il faut continuer nos efforts.
L’an dernier, vous sembliez ne pas vouloir briguer un quatrième mandat. Qu’est-ce qui vous en a donné envie ?
J’ai subi une petite opération cardiaque il y a presque deux ans. Je me suis vite remis mais au début, je ne savais pas comment les choses allaient évoluer. De plus, nous avons un projet important en phase de finalisation : la génomique. L’avenir de l’élevage repose en partie sur son développement. Nous ne sommes pas complètement en retard, mais quand même…les allemands par exemple ont pris de l’avance. La génomique favorise la diversité génétique. Elle permet de voir les écarts entre sujets au patrimoine commun et cela plus rapidement qu’avec les outils traditionnels. Les éleveurs pourront faire des choix plus judicieux, et elle leur évitera surtout de prendre des risques. Bien sûr, la génomique restera un outil de développement, de sélection et de progrès. Elle pourrait aussi devenir une source de revenus pour le stud-book, comme l’ont fait certains pays. Pour mener à bien ce projet, nous devons renforcer les moyens financiers et humains. La piste la plus probable est de créer un consortium entre le trot, le galop et les autres races intéressées. Pour le moment, c’est un projet non concurrentiel puisque personne ne s’est penché dessus en France. Nous devons donc aller de l’avant et ainsi proposer aux éleveurs un moyen supplémentaire d’améliorer leur sélection, évidemment sans remplacer l’intuition et le savoir-faire des femmes et hommes de chevaux.
Sur ce sujet, qu’est-ce qui différencie votre candidature ?
Je bénéficie d’une expérience acquise au fil des années, et cela en lien avec les chercheurs, les institutions, etc. Nous devons être assez malins afin que les stud-books gardent les rênes des destinées de la génomique. Le Selle Français a été en tête du projet génomique filière qui vient de s’achever. A date, environ 6,000 sujets ont été génotypés. A partir de 2027, tous les chevaux passeront au contrôle de filiation par puce SNP qui permettra de stocker les informations concernant les gènes qui nous intéressent dans notre sélection. Nous espérons les 40,000 individus toutes races confondues en 2027. Nous passons actuellement à la phase opérationnelle du projet. Il faudra du temps avant de généraliser ces tests. Tout en progressant dans notre connaissance de la génétique, nous devons également maîtriser les coûts pour les éleveurs. C’est là que l’expérience terrain dont je dispose va nous aider dans les relations avec les instances de tutelle.
Le système de testage des candidats étalons est parfois critiqué. Qu’envisagez-vous ?
Il faut que le futur Conseil d’Administration prenne l’initiative d’y réfléchir. Peut-être faut-il envisager un dispositif différent, mais ce doit être le projet d’un groupe.
La création du nouveau rendez-vous des « Lignées de Prestige » a placé les juments sous les projecteurs. Est-ce un nouvel axe de travail pour le stud-book ?
Le progrès génétique passe à 75 % par la voie mâle. Ce n’est pas moi qui le dit, c’est la génétique quantitative qui le montre et c’est vrai dans toutes les espèces. Pendant qu’une poulinière produit de dix à quarante poulains dans sa vie selon son mode de reproduction, un étalon en laisse des centaines. Il a donc plus d’influence. Les éleveurs sélectionnent leurs juments de façon drastique, et l’utilisation de la jeune génétique permet d’accélérer la rotation de générations. La sélection de la jumenterie est indispensable sur le plan individuel. C’est sur le plan collectif que la voie mâle apportera l’amélioration et c’est le rôle du stud-book. C’est comme ça que nous accélérerons le progrès. Le marché devient de plus en plus exigeant, et les résultats démontrent que les éleveurs ont su et sauront s’adapter. Le stud-book accompagne et propose, l’éleveur dispose.
Le Selle Français a été de nouveau sacré n°1 mondial en 2025. Comment faire pour qu’il conserve cette place ?
Tout d’abord, on ne peut que se féliciter du travail des éleveurs ayant permis ce résultat. Je tiens aussi à remercier l’ensemble des administrateurs et des équipes du stud-book qui ont également contribué à cette réussite collective. Souvenez-vous qu’au Championnat d’Europe 2025, le Selle Français était le stud-book le plus représenté, y compris en additionnant tous les stud-books de chaque pays. C’est le fruit du travail des éleveurs depuis la création du Selle Français. Pour poursuivre sur cette lancée, il faut continuer à créer des outils et honorer ceux qui réussissent, car ils donnent envie aux autres de les imiter. Que l’on connaisse le succès au bout d’un chemin de sélection et de réflexion comme Frédéric Aimez avec Dynamix de Belheme ou qu’on ait la chance de faire naître un premier produit gagnant comme Bond Jamesbond de Hay, notre rôle est de valoriser les éleveurs et leur fournir les outils pour conserver cette avance. La génomique en fera partie d’ici 5-10 ans. Sans constituer une vérité, évidemment. Il faut entretenir l’ambition collective, tout en cultivant la modestie. L’humilité fait l’homme de cheval. Avoir des convictions, mais pas de certitudes.