Aachen 2026 – Complet : Enjoy, la joie de l’éleveuse-cavalière

Xavier Boudon 12 août 2026

Les Championnats du Monde sont souvent l’occasion de belles histoires. Celle de la cavalière néerlandaise Sanne de Jong et de sa jument Enjoy en font partie. Une aventure familiale couvrant trois générations, synonyme de résilience et de passion, où le sport et l’élevage finissent liés pour le meilleur.

Pouvez-vous expliquer ce qui vous a amenée à faire naître Enjoy ?

Je suis installée près d’Amsterdam, pas très loin de la mer, ce qui est un atout pour maintenir les chevaux en forme. Mes parents travaillaient déjà dans le domaine du cheval, et d’ailleurs, ma mère xxx de Jong, a monté la grand-mère Just Joey Z (Idiot’s Delight, ps) en compétition jusqu’au niveau 3 étoiles. Puis ils l’ont mise à la retraite et ont produit plusieurs poulains avec elle. Le second, Next Joey (Haarlem, kwpw), a eu un accident quand elle était pouliche. Elle a perdu un œil et est donc devenue directement poulinière. Enjoy est sont huitième produit.

Est-ce que vos parents ont toujours élevé ?

Non, pas tant que ça. Nous sommes davantage une écurie de sport. Nous proposons surtout de l’entraînement, et nous avons essentiellement des chevaux de saut d’obstacles, auxquels s’ajoutent quelques uns de concours complet. Nous aimons avoir un ou deux poulains par an, mais cela reste un hobby.

Quelles juments utilisez-vous ?

Uniquement nos anciennes juments de concours ou celles qui se sont blessées. En général, nous ne mettons pas les plus âgées à la reproduction. Cette année nous n’avons pas eu de poulain mais nous attendons un poulain l’an prochain de l’une de nos juments retraitées.

Pourquoi choisir d’élever des poulains ?

Parce que c’est sympa, d’ailleurs ça l’est toujours plus lorsque nous connaissons les mères.

Comment avez-vous choisi le père d’Enjoy ?

Pour les chevaux de complet, c’est plus difficile. La souche maternelle est très très chaude au travail, donc nous recherchions plutôt un étalon à l’ancienne mode, orienté saut d’obstacles, afin d’améliorer le geste de devant et stabiliser le caractère. C’est comme ça que nous avons opté pour Cartano*.

A quel moment avez-vous décidé de garder Enjoy ?

Il est toujours difficile de décider de ce que l’on fait d’un cheval avant de l’avoir emmené jusqu’au sport. Nous préférons toujours tester nos produits avant de les vendre. Enjoy a toujours été spéciale sous de nombreux aspects. Elle a été mon cheval depuis le début. En fait, je sortais de ma période à poneys et je l’ai débourrée, ce que je ne faisais pas auparavant. J’avais une bonne connexion avec elle. Je me suis dit qu’elle ne ferait sans doute pas confiance à quelqu’un d’autre. J’ai développé un lien très particulier avec elle…c’est un peu une histoire de princesse ! (rires) J’étais très jeune, elle était là à l’écurie, je l’aimais bien…tout se présentait au bon moment.

Quel a été son parcours ensuite ?

Elle a d’abord été Championne des Pays-Bas à 5 ans, déjà en concours complet. D’ailleurs, je dois avouer que j’ai vécu toutes mes premières fois avec elle. L’année suivante, elle se classe 4e du Mondial du Lion à 6 ans, compétition où je n’étais jamais allée. Je n’imaginais pas à quel point c’était un événement si important ! Elle n’a jamais été une jument que l’on remarque au premier coup d’oeil, et elle n’a jamais commis beaucoup d’erreurs. Elle fait se son mieux au dressage, montre du respect à l’obstacle. Elle a toujours été spéciale mais toujours solide et présente.

Est-ce que votre performance au Mondial du Lion vous a apporté des clients potentiels ?

Elle appartient pour moitié à ma mère, l’autre à moi. Ma mère Jantien Van Zon a monté sa grand-mère, qui elle-même lui avait été offerte par son père. Elle entretient toujours une connexion particulière avec elle…la vendre ne faisait pas partie des options. Je n’aurais pas été autorisée à rentrer à la maison sans elle (rires). Bien sûr, notre métier est de vivre des chevaux, mais celle-ci reste et restera à la maison.

Hormis Enjoy, vendez-vous les autres produits de vos juments ?

Oui, la plupart. Enjoy est l’une des dernières de la lignée. J’étais trop jeune quand les premiers produits de sa mère sont arrivés à l’âge d’être montés. Beaucoup ont tourné en concours complet, certains ont été exportés en Italie ou en Amérique du Sud. J’ai également monté son frère utérin, Flash (Bustique, kwpn) jusqu’au Mondial du Lion, mais nous l’avons vendu. Finalement, il ne reste pas grand-chose de cette lignée.

Avez-vous déjà fait saillir Enjoy ?

Non, nous avons tenté un transfert d’embryon une paire de fois mais elle n’a vraiment pas aimé ça. Qui plus est, combiné au sport. Ça n’a pas marché alors nous avons décidé d’attendre sa retraite sportive pour réessayer. Mais oui, nous voulons qu’elle produise un poulain.

Que souhaiteriez-vous améliorer chez elle quand vous choisirez le futur père de son poulain ?

Elle est un peu horizontale, ce qui la gêne sur le dressage. La plus grande qualité de sa souche maternelle, c’est leur compréhension du cross, de la façon dont ça fonctionne, leur intelligence de l’obstacle. Vous n’avez pas besoin de leur apprendre à ralentir, de sauter à travers une haie, etc. Ils font tout de manière instinctive. C’est vraiment une sensation très agréable de galoper sur le cross avec les produits de cette souche. Vous pouvez apprendre beaucoup de choses aux chevaux, mais pas l’instinct.

Quel genre d’étalon envisagez-vous d’utiliser ?

Je ne veux pas altérer ses qualités à l’obstacle, tout en améliorant son aptitude au dressage. Je pense utiliser un étalon de premier plan, fait en montant, qui renforcerait ses moyens à l’obstacle.

Est-ce particulier de concourir ici, à Aix-la-Chapelle, avec votre propre jument, née chez vous ?

Oui, c’est très spécial. Je me suis rendue dans de nombreux endroits avec elle, Championnats d’Europe, du Monde, JO de Paris, etc. Cela a toujours été mon rêve de courir ici à Aix, depuis toute petite.

Enjoy a 17 ans maintenant. S’agit-il de votre dernière grande compétition avec elle ?

Oui, il y a une chance que ça le soit. Mais pour le moment, je me concentre sur la compétition, et notamment le dressage jeudi en fin de matinée.

* Cartano, étalon Holsteiner gris né en 2001, est un fils de Carthago croisé avec une fille d’Alasca, holst (Ahorn Z) issue de la lignée 5625 du Holstein. Il évolua sous la selle de Mathijs Van Asten (NED) avant d’être exporté en Italie.