Canicule : comment s’adaptent les étalonniers
A l’approche de ce qui s’annonce comme la première période de canicule extrême de l’année, et alors que des concours sont annulés partout en France, les étalonniers eux aussi adaptent leurs pratiques. Une décision exceptionnelle qui risque fort de devenir la norme.
Dans les courses comme dans le sport, les professionnels prennent des mesures face aux températures très élevées déjà observées sur certaines régions et à celles annoncées ces prochains jours. La Société Hippique Française a diffusé à l’ensemble de ses sociétaires et sur ses supports digitaux une « Alerte Canicule » titrée « Protégeons nos animaux », un acte indispensable afin de sensibiliser les utilisateurs de ses circuits – amateurs comme professionnels – afin qu’ils prennent les mesures nécessaires afin de préserver chevaux et poneys des effets de la chaleur, notamment en ce qui concerne les déplacements. Horaires de passage aménagés, mise à disposition de points d’eau supplémentaires, zones ombragées, le bien-être des équidés passe avant tout. Surtout, chaque propriétaire ou cavalier reste responsable de ce qu’il fait avec son cheval.
Courses / sport : même combat
Dans le cas de l’impossibilité d’annuler une activité, l’idée principale est d’adapter les horaires de celle-ci. C’est le cas de la monte. Car la saison n’est pas tout à fait terminée, ce d’autant que le début de l’année s’est avérée peu réussie. Au Haras de Sassy (Orne, où le thermomètre a déjà atteint les 35°C), quinze étalons trotteurs officient cette année. Les horaires de prélèvement de la semaine prochaine seront calqués sur ceux d’un samedi ordinaire, soit entre 8h30 et 12h30, évitant ainsi les très fortes chaleurs de l’après-midi, aussi bien pour les juments que pour les étalons. D’ailleurs, les sociétés mères du trot et du galop ont annoncé une série d’annulations ou de décalage, y compris en Normandie, région où les températures restent inférieures à celles observées dans le Centre-Est et le Sud-Ouest.
Changement d’horaires, sorties à la fraîche
La canicule frappe toutes les régions et même si la Normandie peut sembler plus clémente, les chiffres atteints en ce moment battent des records pour un Nord-Ouest d’ordinaire nettement plus frais. En mai dernier lors du premier épisode caniculaire, l’équipe du Haras de Clarbec avait déjà mis en place des mesures. « Fabien Ferré, en charge des étalons durant la saison, sort au paddock chacun de nos cinq étalons entre 6h et 8h30. Ils adorent la fraîcheur au lever du jour » explique Stéphanie Lécussant, responsable de l’activité étalonnage au sein de l’établissement. « Ils vont ensuite au marcheur dix minutes au pas maximum afin de les échauffer juste ce qu’il faut avant de monter sur le mannequin. Nous avons la chance de disposer de boxes en pierre où il fait meilleur. » Elle alerte néanmoins sur un point de vigilance : les testicules. « La chaleur extrême est l’une des premières causes de hernie inguinale » explique-t-elle. « Nous les surveillons plusieurs fois par jour et d’ailleurs nous douchons les étalons régulièrement. » Le transport de la semence s’adapte aussi avec des boîtes isothermes et des pains de glace plus grands, auxquels ils ajoutent un carton pour les envois à l’étranger. « Plus la boîte est petite, plus il y a de risque que la semence subisse un stress thermique » indique-t-elle.

Au Haras Numenor, dans l’Ain, où la température s’établit à 37°C durant six jours consécutifs (avec des nuits au-dessus de 20°C), le bon sens prévaut. « Nous sommes habitués aux canicules estivales » admet Julien Blot. « Le barn étalons a été construit à l’Est, exposé au soleil levant, sous des arbres. Le soleil ne tape jamais dessus directement à partir de 11h. Par ailleurs, les étalons sont prélevés le matin à 6h puis vont au paddock jusqu’à 9h. Ensuite, ils restent au box avec ventilateurs et brumisateurs. Il arrive que nous les douchions l’après-midi s’ils ont trop chaud » détaille l’étalonnier-éleveur.
Semence transportée : le conditionnement au centre des attentions
Comme nous l’avons souligné précédemment, le transport de la semence est fortement impacté par la canicule, comme le confirme Adrien Bret, Directeur d’Eurogen. « Tout d’abord pour le bien être des étalons nous allons les récolter un peu plus tôt dans la matinée » dit-il, corroborant ainsi le témoignage des autres étalonniers. « Mais le plus important reste le conditionnement de la semence pour les envois en réfrigéré. Les boites doivent être préparées selon les recommandations des fabricants, c’est à dire deux pains de glace congelés à -18°C dans un congélateur. La partie ‘freezer’ d’un frigo n’est pas capable de refroidir à cette température, il faut un vrai congélateur. Enfin, il est préférable d’ajouter un carton autour des boites réfrigérées, car il joue le rôle d’isolant supplémentaire. » Quant à l’envoi de paillettes congelées, le risque est moindre. « Pour la semence congelée qui voyage à -196 °C (plongée dans l’azote, ndlr), il n’y a pas plus de risque avec la canicule car les cuves sont livrées dès le lendemain alors que nos cuves ont une capacité de conservation d’une quinzaine de jours en conditions normales » explique-t-il.
En résumé, du bon sens, de l’adaptabilité, des précautions techniques…et surtout, prenez soin de vous !