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L’Expérience

Laurent Vignaud : « Je choisis mes croisements une fois que les juments ont pouliné de l’année précédente »

Eperon 8 mars 2023

À la tête de l’élevage de Lozon depuis plus de vingt ans, Laurent Vignaud, installé dans la Manche, a fait naître nombre de chevaux performants en saut d’obstacles, à l’image de Torero du Lozon, qui s’est illustré jusque sur des épreuves 1,60 mètre, Under Fire du Lozon, passé sous la selle de Cian O’Connor, ou encore Rose Rouge du Lozon, qui a notamment participé aux CSI5*-W d’Oslo et Helsinki en 2013 avec Pius Schwizer. À l’aube de la saison de monte 2023, l’éleveur nous détaille toutes les facettes de sa méthode de croisements.

Combien de poulains faites-vous naître chaque année ?

Je fais naître quatre à cinq poulains par an. 75% d’entre eux – tous les mâles et une partie des femelles – sont généralement vendus sous la mère. C’est un choix de ma part, pour ne pas surcharger mon système. J’ai un salarié, mais éleveur n’est pas mon activité principale donc nous essayons de ne pas avoir beaucoup de chevaux sur la structure. Si on ne fait pas attention, avec cinq ou six poulinières, on monte vite à quarante chevaux. 

Sur quelles souches maternelles s’appuie votre élevage ?

Parmi les souches que j’utilise, il y a celle de Mélodie Pierreville (Papillon Rouge, SF), qui descend d’Olga (Juriste, SF) et Bagatelle IV (Red Star II, PS). Mélodie Pierreville est notamment la mère de Catanga du Lozon (Mylord Carthago, SF) et Shawanda du Lozon (Baloubet du Rouet, SF). J’utilise également la souche de l’élevage de Champloué, avec Hermione de Champloué (Clarimo, Holst), pour laquelle je fais du transfert d’embryons parce qu’elle tourne encore en compétition. J’ai également la souche de Sylvia de Toscane (Quidam de Revel, SF), qui est pour trois quarts sœur de Rahotep de Toscane. J’utilise aussi Net Stella du Lozon (Quick Star, SF), qui est une souche moins connue mais qui produit très bien. Sur ses quatre premiers poulains, deux tournent actuellement sur des épreuves 1,50 mètre et un sur 1,40 mètre. Pour finir, j’ai également la souche de Bulle D’Étoile (Starter, SF), qui est la propre sœur de Pyramus. 

Avez-vous fait vos choix d’étalons pour cette année ?

J’ai fait une liste d’étalons que j’aimerais utiliser, mais je n’ai pas encore défini précisément mes croisements car je choisis ces derniers une fois que les juments ont pouliné de l’année précédente. J’aime voir comment elles produisent pour penser les croisements. Pour 2023, dans ma liste, il y a notamment Mylord Carthago. C’est un classique chez moi, je crois que je l’ai utilisé dès sa première année de monte. De façon générale, j’utilise beaucoup d’étalons ayant performé au plus haut niveau et dont la production est connue et confirmée, si possible en ayant elle aussi tournée en CSI5*, car cela me permet de vendre facilement les poulains sous la mère. Laurent Elias m’avait d’ailleurs fait remarquer que dans chaque génération que je produis, au moins un cheval s’illustre sur des épreuves 1,45 mètre. J’utilise tout de même quelques jeunes étalons, mais ils sont minoritaires. J’ai utilisé Diamant de Semilly dans ses premières années de monte, tout comme Mylord Carthago. Cette année, dans ma liste, il y a également Untouchable 27, KWPN. J’ai déjà eu plusieurs poulains de lui et je souhaite le réutiliser car je trouve qu’il fonctionne vraiment bien avec la jumenterie française et que ses jeunes produits sont de grande qualité. J’ai également envie d’utiliser Emerald van’t Ruytershof, Bwp, car, là aussi, la production est confirmée. Ce qui me gène un peu le concernant, c’est le système de paillettes, que je n’apprécie pas et que je ne trouve pas très sympa pour les éleveurs. Mais Emerald a l’air d’avoir une bonne semence. Parmi les jeunes, dans la même lignée, j’ai bien envie d’utiliser Pegase van’t Ruytershof, Bwp, qui a l’air de vraiment confirmer sa qualité. Je ne sais pas si je l’utiliserai mais j’aime également beaucoup Hurricane de Champloué. C’est vraiment un étalon avec un papier formidable, beaucoup de qualités, et qui est certainement promis à un grand avenir. Il y a aussi Ermitage Kalone, qui a vraiment un très bon galop, un style parfait et une très bonne tête. Il fait un peu cheval de concours idéal selon moi. Mais j’aimerais bien voir un peu plus sa production avant de l’utiliser. Dans ma liste, il y a aussi Diarado, qui est un fils de Diamant de Semilly avec beaucoup de sang et de chic. 

Que recherchez-vous dans vos croisements ? Quels atouts attendez-vous d’un étalon ?

Je cherche avant tout des chevaux qui communiquent des moyens et de la force pour aller faire de grosses épreuves. Il faut qu’ils transmettent également de la locomotion. Pour moi, l’essentiel, c’est la praticité du cheval. Cela ne sert à rien d’avoir des moyens énormes si le cheval n’a pas un bon galop, qu’on ne peut pas le construire. Un cheval qui a un bon galop, c’est un cheval qui est à l’aise dans les combinaisons, en équilibre, qui peut tourner court dans les barrages, etc. Evidemment, il faut aussi du sang. Je cherche à produire des chevaux qui ne sont pas lourds, qui sont athlétiques. Je fais très attention à cela, ainsi qu’au look et à la façon dont ils bougent. Le mental est également primordial. C’est notamment pour cela que j’utilise beaucoup Mylord Carthago, et c’est aussi ce qui m’intéresse dans la souche d’Hurricane de Champloué.

Crédit photo : Coll.