Stud-book Selle Français : le programme de Julien Blot, 2e candidat à la présidence

Xavier Boudon 27 mars 2026

L’année 2026 est une année élective pour le Stud-book Selle Français, l’organisation qui, finalement, décide de l’avenir de notre première race de chevaux de sport. En poste depuis 2014, Pascal Cadiou brigue un quatrième mandat. Contrairement au précédent scrutin, le Picto-Charentais sera opposé à un second candidat à la présidence de l’organisation, Julien Blot. Cela n’était pas arrivé depuis…huit ans ! Entre continuité et nouveaux projets, le rhônalpin expose les grandes lignes de son programme dans cette interview. A suivre dès demain celle de Pascal Cadiou.

Pourquoi avoir choisi de vous présenter à la présidence du Stud-book Selle Français ?

J’ai effectué deux mandats en tant qu’administrateur aux côtés de Pascal Cadiou. C’est donc une suite logique. J’en ai parlé avec lui pendant Equita Lyon 2024. Il souhaitait arrêter et passer la main, et il m’avait confié qu’il pensait à moi. Fin 2025, il m’a annoncé qu’il voulait finalement continuer. Entre temps, je m’étais projeté et préparé. Nous avons donc décidé de mener une campagne à la loyale, et d’ailleurs nous nous sommes promis de garder nos excellentes relations quel que soit le résultat.

Pourquoi devenir président maintenant vous semble pertinent ?

C’est globalement une bonne période. Dans ma vie professionnelle, ma femme et moi sommes installés depuis six ans, et avons atteint un rythme de croisière. Plus généralement, ma vision est en adéquation avec celle d’une partie du conseil d’administration et des équipes techniques du stud-book, avec qui j’entretiens de très bonnes relations. Cela n’a pas de sens d’y aller plus tard, car depuis plusieurs années, certaines de mes idées ont commencé à être mises en œuvre. C’est donc le bon moment pour mener à bien ces projets.

Si l’on devait résumer votre programme en quelques phrases ?

Un grand stud-book produit des champions, ce qui est très bien. Mais les éleveurs doivent vivre de toute leur production. Nous avons l’excellence, il nous manque la stratégie, notamment sur le volet génomique qui permettra de cultiver la spécificité de notre race et de la transformer en valeur économique pour nos éleveurs.

Justement, quels sont vos projets pour le Selle Français ?

J’ai travaillé sur deux axes. Le premier appartient à ses missions régaliennes et porte sur la génomique. Il ne faut pas louper le train, certes, mais il faut se lancer avec une stratégie. Les données, nous en avons des tonnes. Mais pour bien les exploiter, nous devons définir une stratégie, afin de savoir quoi en faire. Pour ma part, je pense que ces informations doivent être au service de la voie femelle, car ce sont elles qui produisent les mâles. A l’époque où je travaillais dans le secteur des bovins, nous appliquions déjà ce principe. Aujourd’hui, le stud-book communique essentiellement sur la voie mâle et il faut inverser cette tendance.

Et votre second axe de développement ?

Il s’agit de mobiliser davantage les territoires et les adhérents. Je suis président d’une association régionale d’éleveurs, utilisateur des concours d’élevage et organisateur. Il existe de nombreuses pistes d’amélioration. Ce qui préoccupe les éleveurs, c’est de vendre leur production. En organisant des modèles et allures, le Selle Français cherche à inciter les éleveurs à montrer leurs produits, tout en bénéficiant d’une visibilité et d’images de qualité. Aujourd’hui, je constate que les championnats foals sont majoritairement fréquentés par des amateurs, et les étalons par des professionnels. Mais les gros éleveurs s’en éloignent progressivement depuis deux trois ans. Il faut donc réformer ces formats pour les rendre plus attractifs. Nous nous sommes battus durant deux ans pour que les lignées de prestige organisées en marge du testage voient le jour. Il faut poursuivre dans ce sens.

Dans quelle mesure la génomique va soutenir ces idées ?

Elle va réconcilier tous ces aspects car elle va montrer par la science que le progrès génétique viendra des femelles. Cela va demander du temps mais c’est maintenant qu’il faut s’y atteler. La génétique mâle s’est européanisée, tout le monde peut les utiliser. Notre spécificité, ce sont nos souches françaises. Les étrangers nous les envient et les recherchent, justement parce qu’elles ne ressemblent à aucune autre. Autant en matière de sélection génétique que d’argument commercial, le Selle Français doit se différencier par sa génétique femelle.

Concernant les mâles, que changeriez-vous ?

Je ne suis pas d’accord avec la façon dont la note de lignée est prise en compte. Elle devrait être prise en compte dans la note finale car pour moi, la souche maternelle est très importante. Je tiens aussi à rectifier une impression qu’ont beaucoup d’observateurs. Non, nous n’approuvons pas beaucoup d’étalons à l’échelle d’une génération. Le Selle Français est le deuxième stud-book le plus sévère derrière le KWPN grâce à des critères assez stricts.

Certaines voix se sont élevés quand le président actuel s’est vu attribuer une indemnité mensuelle. Reviendrez-vous sur cette mesure ?

Tout d’abord, cette décision est celle du conseil d’administration et non du président. Je ne reviendrai pas dessus. Le bénévolat a ses limites. Soit le président est retraité et peut s’en occuper sans attendre de rémunération. Soit il est actif et doit subvenir à ses besoins, et là, il doit percevoir quelque chose. Ce poste nécessite de se faire remplacer au haras lorsque les missions nécessite de s’absenter. Toutefois, j’ai conscience de l’équilibre économique fragile et il y aura des priorités. Quoi qu’il en soit, le CA décidera.

Y-a-t-il une mesure à laquelle vous tenez absolument et que vous soumettrez au vote durant votre mandat ?

Je demanderai au CA de limiter le nombre de mandats à deux, soit huit ans maximum. D’abord, parce que la fonction est rémunérée. Ensuite parce que les administrateurs finissent au fil du temps par perdre leur esprit d’initiative. Entrer au CA, c’est tout sauf faire de la figuration.

Pour terminer, avez-vous déjà réfléchi à celles et ceux qui constitueraient votre garde rapprochée une fois élu ?

Je m’appuierai sur des personnes partageant ma vision et que j’apprécie. Par ailleurs, je tiens à avoir autour de moi des représentants de toutes les disciplines et fonctions dans la filière, si possible en respectant la parité.

  • Pour les personnes intéressées, vous pouvez consulter sa profession de foi qui sera diffusée prochainement à tous les adhérents du Selle Français : CLIQUEZ ICI.
Crédit photo à la une: Julien Blot (coll. privée)